Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra entend faire de l’agriculture le moteur stratégique du développement national. Après des décennies de crises politiques et sécuritaires, l’objectif est clair : créer des richesses, générer des emplois, augmenter les recettes d’exportation et garantir la sécurité alimentaire. Mais sur le terrain, les agriculteurs décrivent un secteur toujours à l’arrêt, faute de crédits, de matériel et de stratégies de transformation locale.
Dans les champs de maïs, d’arachides et de manioc, la récolte reste un moment d’espoir et de frustration. Gustave, planteur depuis vingt ans, résume le paradoxe centrafricain : des terres en abondance, mais une incapacité à augmenter les superficies cultivées. Il manque des crédits agricoles et du matériel. Élodie, cultivatrice, ajoute que l’absence de transformation locale condamne les producteurs à vendre leurs récoltes à bas prix, avant de racheter les mêmes produits transformés, plus chers. Le travail manuel reste la règle.
Pendant des années, l’agriculture a porté jusqu’à 55% du PIB centrafricain. Aujourd’hui, les décideurs invoquent l’insécurité répétitive pour expliquer le délaissement du secteur. L’économiste Lorenzo Ganazoui dénonce une inertie coupable : pourquoi ne pas avoir intensifié l’agriculture dans les zones déjà contrôlées par l’État, au lieu d’attendre une pacification totale du territoire ? Une attente, dit il, qui pourrait n’avoir jamais de fin.
Le gouvernement promet des investissements dans la mécanisation, l’irrigation et les intrants de qualité. Un fonds national de crédit agricole est annoncé, avec l’appui des banques locales. La formation aux bonnes pratiques agricoles est également prévue. Mais ces annonces, réaffirmées par Touadéra après sa réélection pour un nouveau mandat de sept ans, butent sur une réalité persistante : la sécurisation incomplète du territoire.
Dans le nord ouest et le sud est du pays, des villages entiers subissent encore des incursions de coupeurs de route. Ces attaques entravent momentanément les récoltes et dissuadent tout investissement durable. Tant que l’État ne garantira pas un couloir sécurisé pour les hommes et les équipements, les champs resteront sous exploités. Les agriculteurs, eux, continuent de travailler à la main, faute de tracteurs et de crédits.
Les projets viables existent. Des exploitants comme Gustave ou Élodie en sont la preuve vivante. Mais leur quotidien illustre l’écueil classique du développement africain : des discours volontaristes au sommet, et une absence de traduction concrète pour les premiers concernés. Sans transformation locale, sans mécanisation, sans sécurité, l’agriculture centrafricaine restera ce qu’elle est aujourd’hui : une promesse fertile, mais non tenue.



