Le président de la Transition malienne, le général Assimi Goïta, a reçu ce jeudi au Palais de Koulouba les lettres de créance de quatre nouveaux ambassadeurs résidents. Proviennent respectivement de Cuba, de l’Union européenne, du Ghana et du Qatar, ces diplomates entament officiellement leur mission à Bamako, dans un pays toujours sous sanctions économiques de la Cédéao et en proie à une crise sécuritaire chronique.
La cérémonie officielle a consacré la volonté affichée par les autorités de la Transition de maintenir des relations extérieures équilibrées, fondées sur le respect mutuel et la souveraineté. Parmi les accrédités figurent l’ambassadrice de Cuba, Viviana Hernández ; l’ambassadeur de l’Union européenne, Alberto Cerezo ; le représentant du Ghana, Umar Sanda Ahmed ; ainsi que le diplomate qatari Ahmed Turki Ahmed Al-Turki Al-Subaie. Le général Goïta a salué la qualité des liens existants et réaffirmé la disponibilité du Mali à approfondir une coopération bilatérale et multilatérale, dans un esprit d’ouverture affiché.
Ce geste diplomatique intervient dans un environnement régional tendu. Depuis le double coup d’État de 2020 et 2021, le Mali est marginalisé au sein de l’Afrique de l’Ouest. Les sanctions de la Cédéao, bien qu’allégées, ont laissé des traces. Parallèlement, Bamako s’est rapproché militairement et politiquement de la Russie via le groupe Wagner, aujourd’hui rebaptisé Africa Corps. Dans ce cadre, l’accréditation d’un nouvel ambassadeur européen pourrait sembler paradoxale. Mais elle traduit surtout une gestion pragmatique : Bruxelles reste un partenaire humanitaire et de développement incontournable, même si les relations politiques sont glaciales.
À court terme, ces accréditations ne signent pas un retour en grâce du Mali sur la scène internationale. Elles indiquent néanmoins une forme de normalisation fonctionnelle. L’UE, le Ghana et le Qatar cherchent à préserver des canaux d’influence et de suivi sécuritaire. Cuba, pour sa part, renoue avec un partenaire historique du Sud. Pour Goïta, l’enjeu est clair : multiplier les interlocuteurs pour éviter une dépendance exclusive à Moscou. La suite dépendra de la capacité du régime à organiser des élections crédibles, condition sine qua non d’un réengagement massif des bailleurs occidentaux.
Le choix du Ghana est géopolitiquement significatif. Accra, membre influent de la Cédéao, avait été l’un des pays les plus fermes sur les sanctions contre Bamako. Accréditer un ambassadeur aujourd’hui suggère une volonté d’apaisement, sans doute encouragée par les États-Unis soucieux de contrer l’influence russe. Quant au Qatar, son rôle croissant au Sahel illustre la diversification des alliances maliennes hors du cadre traditionnel ouest-africain. Doha finance des projets d’infrastructures et intervient dans des médiations régionales.
En définitive, cette cérémonie protocolaire ne doit pas masquer la fragilité du Mali ni l’ambiguïté de sa stratégie diplomatique. Recevoir des ambassadeurs ne signifie pas rétablir une confiance politique perdue. C’est un acte de présence, pas encore de partenariat stratégique. Le véritable test viendra avec la mise en œuvre concrète des coopérations annoncées, notamment en matière de gouvernance, de droits humains et de calendrier électoral. Tant que ces dossiers resteront bloqués, les lettres de créance ne vaudront que le papier sur lequel elles sont écrites.



