Julius Malema, figure emblématique de l’opposition radicale sud-africaine et leader des Combattants pour la liberté économique (EFF), a été condamné jeudi 16 avril à cinq ans de prison ferme pour possession illégale d’arme à feu. La décision, rendue par un tribunal de première instance à KuGompo, ne l’empêche pas de faire appel, mais elle reconnaît sa culpabilité pour des faits remontant à huit ans. L’opposant, connu pour ses discours incendiaires et son militantisme en faveur de la nationalisation des ressources, reste libre dans l’attente de la procédure d’appel.
Les faits remontent à 2018, lors d’une fête organisée pour le cinquième anniversaire de l’EFF. Selon l’accusation, Julius Malema aurait tiré en l’air avec un fusil d’assaut pour célébrer l’événement. Si le parquet avait requis quinze ans d’emprisonnement, la juge Twanet Olivier a finalement prononcé une peine plus modérée : cinq ans pour possession illégale d’arme, deux ans pour détention illégale de munitions, ces dernières années étant à purger simultanément. D’autres sanctions sont commuables en amendes.
Cette condamnation s’inscrit dans un contexte politique sud-africain tendu, où la violence armée et les infractions aux lois sur les armes à feu demeurent des sujets sensibles. Julius Malema, ancien membre influent de l’ANC avant de fonder l’EFF en 2013, incarne une opposition populiste et radicale, souvent accusée d’attiser les tensions raciales et économiques. L’affaire, vieille de plusieurs années, avait été relancée par des vidéos de l’incident circulant sur les réseaux sociaux, relançant le débat sur l’impunité des élites politiques.
À court terme, Malema conserve son siège au Parlement et sa liberté en attendant l’issue de l’appel. Mais le jugement de culpabilité, non susceptible d’appel selon la magistrate, pourrait peser lourdement sur son avenir politique. Une éventuelle confirmation de la peine l’écarterait automatiquement du Parlement et priverait l’EFF de son leader charismatique. Les prochains mois seront décisifs pour observer la stratégie juridique de la défense et la réaction de ses soutiens, nombreux dans les townships.
Dès sa sortie du tribunal, Julius Malema a dénoncé une décision motivée par le racisme. « La juge Olivier est une raciste notoire », a-t-il lancé à ses partisans, rejetant toute légitimité à la procédure. Le parquet, au contraire, a salué une condamnation exemplaire, de nature à dissuader toute possession illégale d’armes à feu dans le pays. Cette affaire divise l’opinion : pour les uns, elle révèle les failles d’une justice parfois sélective ; pour les autres, elle prouve que personne n’est au-dessus des lois, y compris un leader populaire.
L’EFF, qui dispose d’une base militante disciplinée et d’un discours de rupture économique, pourrait transformer cette épreuve en outil de mobilisation. Malema, maître dans l’art de la provocation rhétorique, sait utiliser la répression judiciaire pour renforcer son image de martyr politique. Reste à savoir si cette stratégie survivra à une éventuelle incarcération. En attendant, l’Afrique du Sud observe : ce procès n’est pas seulement celui d’un homme, mais aussi celui d’un modèle de contestation radicale.



