Le ministre burundais de la Communication et des Médias, Gabby Bugaga, a été retrouvé mort à l’aube du jeudi 16 avril 2026, à dix kilomètres au nord de Bujumbura, dans la palmeraie de Kivoga. Le gouvernement parle d’un « accident inopiné ». Mais les premiers éléments disponibles, notamment des photographies authentifiées, ne permettent pas de lever les nombreuses incohérences de cette thèse officielle.
Sur les clichés largement partagés sur les réseaux sociaux, le ministre apparaît à moitié allongé sur la banquette avant de son pick up noir, vêtu d’un t shirt et d’un polo. Une blessure profonde est visible sur son crâne, alors que l’habitacle du véhicule est intact. À l’extérieur, des dégâts sont constatés à l’arrière et sur le flanc droit. Les phares avant sont endommagés, mais pas le pare choc. Ces détails techniques, relevés par des observateurs avertis, contredisent la version d’une simple collision.
Ancien journaliste de la radio télévision nationale, Gabby Bugaga avait été nommé ministre de la Communication en 2025, à un moment où le régime de Bujumbura resserrait son contrôle sur les médias et réprimait toute voix critique. Son profil, issu du sérail journalistique, lui conférait une légitimité technique rare dans un gouvernement où la communication officielle est souvent perçue comme un instrument de propagande. Sa mort intervient dans un climat politique toujours marqué par la crise post électorale de 2015 et une répression persistante des opposants.
D’ores et déjà, des associations de défense des droits humains, comme King Umurumdi Freddom, réclament une enquête indépendante. Les questions s’accumulent : que faisait le ministre seul, sans chauffeur ni gardes du corps, sur une route peu empruntée la nuit, à une heure aussi tardive ? Le gouvernement devra répondre à ces interrogations sous pression nationale et internationale. À défaut, ce décès pourrait devenir un nouveau symbole des zones d’ombre qui entourent les morts suspectes de personnalités publiques au Burundi.
La communication officielle, jusqu’ici laconique, n’a pas encore fourni de rapport d’expertise technique ni de témoignage des forces de l’ordre. Les funérailles du ministre n’ont pas été programmées, signe que les autorités elles mêmes peinent à clore le dossier rapidement. Dans un pays où l’autopsie indépendante est rare et où les pressions sur les enquêteurs sont fréquentes, la transparence ne sera pas acquise d’avance. Les Burundais, habitués aux vérités d’État, scrutent désormais la moindre déclaration officielle.



