Le Parquet de la République du Gabon a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire visant Alain Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et récent candidat à l’élection présidentielle. La procédure fait suite à une plainte déposée par une ressortissante japonaise, qui l’accuse d’escroquerie et d’abus de confiance.
Selon les éléments communiqués par l’autorité judiciaire, les faits reprochés concernent le non remboursement d’une somme de 5 millions de francs CFA. Cet argent aurait été versé à l’ex-chef du gouvernement dans le cadre de l’organisation des festivités de la fête des cultures. À ce jour, la plaignante affirme n’avoir récupéré aucun fonds. Le Parquet précise que les investigations se poursuivent sous sa direction, et que la qualification juridique définitive sera arrêtée à l’issue de l’enquête.
Cette affaire judiciaire intervient dans un climat politique sensible. Alain Claude Bilie-By-Nze a en effet été candidat à la dernière élection présidentielle gabonaise, remportée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Ancien Premier ministre sous la transition, il reste une figure influente mais contestée de la scène politique locale. La plainte émanant d’une citoyenne étrangère ajoute une dimension diplomatique discrète, le Japon entretenant des relations économiques et culturelles suivies avec le Gabon.
L’enquête préliminaire pourrait aboutir à un non lieu, un classement sans suite, ou au contraire à une mise en examen formelle. Tout dépendra des éléments de preuve rassemblés et d’éventuels témoignages. Pour l’ancien Premier ministre, l’enjeu est autant judiciaire que politique : une condamnation, même à l’issue d’une procédure longue, entamerait durablement sa crédibilité. Pour la justice gabonaise, c’est un test d’indépendance, alors que le pouvoir exécutif est régulièrement accusé d’instrumentaliser les poursuites contre ses adversaires.
Le Parquet a pris soin de rappeler deux principes fondamentaux : la présomption d’innocence, dont bénéficie pleinement Bilie-By-Nze, et le secret de l’enquête. Il a également insisté sur le fait que l’autorité judiciaire a agi en toute indépendance, « sans considération de la qualité des personnes concernées ». Une mise au point qui cherche visiblement à préempter toute accusation de règlement de comptes politique, fréquente dans un pays où la justice a longtemps été inféodée au pouvoir exécutif.
Si le montant en cause peut paraître modeste au regard des affaires financières habituelles dans la sous région, l’affaire n’en est pas moins symbolique. Elle révèle la fragilité des anciennes élites post transition, désormais exposées à des procédures ordinaires. Pour la plaignante japonaise, l’issue de cette enquête sera aussi un test de confiance dans le système judiciaire gabonais. Reste à savoir si d’autres plaintes, jusqu’ici tues, pourraient émerger à la faveur de cette procédure.



