L’Union africaine a clairement désavoué la décision d’Israël de nommer un représentant diplomatique auprès du Somaliland. Dans un communiqué publié le 19 avril, l’organisation panafricaine juge cette initiative contraire au droit international et met en garde contre toute forme de reconnaissance unilatérale de ce territoire sécessionniste. L’avertissement est sans ambiguïté : l’UA considère une telle démarche comme nulle et non avenue.
L’institution basée à Addis-Abeba ne s’arrête pas à une simple déclaration de principe. Elle réaffirme son attachement absolu à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Somalie, un État membre reconnu par l’ONU. En condamnant la nomination de Michael Lotem comme ambassadeur israélien, l’UA envoie un signal politique fort. Elle entend dissuader tout autre État de suivre l’exemple israélien, qui fragiliserait un cadre régional déjà instable.
Ce n’est pas la première fois que le Somaliland tente de sortir de son isolement. Proclamé indépendant en 1991, ce territoire autoproclamé n’a jamais obtenu la reconnaissance de la communauté internationale. Israël avait déjà franchi un premier pas en décembre dernier en reconnaissant le Somaliland, une première pour un État membre des Nations unies. Jusqu’ici, cette position restait isolée. Mais la nomination d’un diplomate, même à poste non résident à Jérusalem, change la nature du geste.
Les perspectives sont préoccupantes pour la Corne de l’Afrique. L’Égypte, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont déjà rejoint l’UA pour dénoncer une atteinte à la souveraineté somalienne. Mogadiscio, de son côté, craint un effet domino. Si d’autres puissances emboîtent le pas à Tel-Aviv, l’équilibre déjà fragile entre les entités fédérales somaliennes pourrait voler en éclats. Les progrès obtenus contre les shebabs ou dans la réconciliation nationale seraient directement menacés.
Sur le terrain, la décision israélienne est perçue comme une provocation calculée. En contournant le gouvernement fédéral somalien, Israël cherche à étendre son influence dans une région stratégique, proche du détroit de Bab el Mandeb. Mais à quel prix ? En s’appuyant sur une entité non reconnue, Israël prend le risque d’isoler davantage ses partenaires africains modérés. L’UA, qui milite pour une solution unique aux crises postcoloniales, ne peut tolérer un précédent aussi dangereux.
Reste une question essentielle : que fera l’Union africaine au-delà des communiqués ? Ses moyens de pression sur Israël sont limités, mais elle peut peser sur ses États membres. En rappelant à l’ordre la Somalie elle même, souvent divisée sur la gestion de sa souveraineté, l’UA tente de maintenir une ligne ferme. La balle est désormais dans le camp des chancelleries arabes et occidentales. Si aucune sanction diplomatique ne suit, la porte restera ouverte à d’autres reconnaissances bilatérales. Et l’équilibre dans la Corne s’en trouvera à jamais modifié.



