La Cour pénale spéciale (CPS) de Centrafrique a annoncé ce 21 avril l’ouverture du procès de l’ancien président François Bozizé pour le 16 juin prochain. Poursuivi pour crimes contre l’humanité commis entre 2009 et 2013 à Bossembélé, il est accusé d’avoir laissé sa garde présidentielle torturer et exécuter des détenus. Sous mandat d’arrêt international depuis avril 2024, Bozizé vit en exil en Guinée Bissau et risque un jugement par contumace s’il ne se présente pas sous vingt jours.
L’affaire dite « de Bossembélé » vise également trois anciens hauts responsables militaires : Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy. Contrairement à l’ex président, ces derniers sont déjà en détention préventive en Centrafrique et prêts à être jugés. Selon Ouasman Njikam, greffier en chef adjoint de la CPS, la justice nationale hybride ne dispose pas de ses propres forces de police et doit compter sur la coopération internationale pour exécuter les mandats. Le procès sera un test pour la crédibilité de la Cour, trente ans après le début des crises politico militaires qui ensanglantent le pays.
Créée en 2018, la CPS est une juridiction hybride, mêlant magistrats centrafricains et internationaux. Son mandat couvre les crimes de droit international commis depuis 2003, date du putsch qui porta Bozizé au pouvoir. L’ex président, arrivé par la force, a été renversé en 2013 par la coalition Séléka, ouvrant la voie à une guerre civile d’une extrême violence. Paradoxalement, c’est après sa chute que les enquêtes sur les exactions de son régime ont pu commencer. La justice pénale internationale arrive ainsi très tard, alors que des milliers de victimes attendent toujours une reconnaissance judiciaire.
Le procès, sixième de la CPS, se tiendra en présence ou en l’absence de Bozizé. La contumace reste juridiquement problématique : elle permet un jugement mais prive l’accusé de son droit à se défendre, ce qui affaiblit la portée symbolique du verdict. Pour la Cour, l’enjeu est aussi politique. Juger un ancien chef d’État vivant en exil, sans mécanisme d’extradition efficace, rappelle les limites des juridictions hybrides face à la realpolitik des États. La Guinée Bissau n’a jusqu’ici donné aucun signal de coopération active.
La CPS insiste sur un principe fondamental : la présomption d’innocence. « Ces personnes sont accusées, pas encore coupables. C’est pourquoi elles doivent venir se défendre », a rappelé le greffier Njikam. Ce procès est un signal fort dans un pays où l’impunité des élites est la règle. Mais il révèle aussi la fragilité de l’État centrafricain, incapable d’arrêter un ancien président sans appui extérieur. La communauté internationale, qui finance largement la CPS, observe. L’issue de ce procès dira si la justice hybride peut vraiment briser l’omerta sur les crimes d’État en Afrique centrale.



