Le président nigérian Bola Tinubu a procédé mardi à un remaniement ministériel limité mais stratégique. Deux membres de son gouvernement ont été écartés : Wale Edun, ministre des Finances et coordinateur de l’Économie, et Umar Dangiwa, ministre du Logement et du Développement urbain. Une décision annoncée sans préavis par le secrétaire général du gouvernement, le sénateur George Akume.
Pour succéder à Wale Edun, Tinubu a choisi Taiwo Oyedele, jusqu’alors ministre d’État aux Finances. Ce dernier reprend l’intégralité des attributions de son prédécesseur, y compris la coordination de la politique économique. Aucune explication officielle n’a été fournie sur les raisons précises de ce limogeage. Le départ simultané du ministre du Logement suggère toutefois une volonté de repositionner deux secteurs jugés prioritaires : la stabilité macroéconomique et l’accès au logement.
Ce remaniement intervient dans un climat économique toujours fragile. Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2023, Tinubu a engagé des réformes radicales, notamment la suppression des subventions sur l’essence et l’unification des taux de change. Ces mesures ont entraîné une flambée de l’inflation, dépassant les 30 % à certains moments. Wale Edun, proche conseiller du président, était à la manœuvre. Son départ surprend d’autant plus qu’il avait défendu ces réformes comme nécessaires pour attirer les investisseurs et assainir les finances publiques.
La nomination de Taiwo Oyedele, un technocrate moins exposé politiquement, pourrait signaler un recentrage vers davantage de prudence technique. Mais à court terme, le signal envoyé aux marchés est ambigu. Les investisseurs, qui voyaient en Edun un gage de continuité, pourraient interpréter ce changement comme une fragilisation de la ligne économique présidentielle. Reste à savoir si Oyedele maintiendra le cap ou infléchira certaines mesures, à l’approche d’une année électorale locale sous haute tension.
Dans sa réaction officielle, Wale Edun a défendu son bilan avec une assurance notable : croissance plus soutenue, ralentissement de l’inflation, renforcement de la confiance des investisseurs. Des affirmations que les chiffres officiels ne confirment qu’en partie. Si le PIB a montré quelques signes de rebond, l’inflation reste à des niveaux historiquement élevés, et le coût de la vie paralyse des millions de Nigérians. Edun a néanmoins insisté sur la nécessité de poursuivre les réformes, un message qui ressemble à un avertissement à ses successeurs.
Umar Dangiwa, lui, a quitté ses fonctions en vantant les mérites de son programme « Espoir renouvelé », des partenariats public privé et des réformes foncières. Un discours presque hors sol dans un pays où le déficit de logements dépasse 20 millions d’unités, et où l’accès au crédit immobilier reste un luxe pour les classes moyennes. Son éviction, moins commentée que celle d’Edun, rappelle que le secteur du logement demeure un angle mort des politiques structurelles nigérianes, souvent sacrifié sur l’autel des urgences macroéconomiques.



