Alors que le conflit au Moyen‑Orient paralyse les grands hubs aériens de Dubaï, Abou Dhabi et Doha, les Seychelles auraient pu voir leur saison touristique s’effondrer. Le tourisme représente 70 % du PIB de l’archipel. Pourtant, en quelques semaines, les autorités et la compagnie nationale Air Seychelles ont inversé la tendance en rétablissant une ligne directe entre Paris, Rome et l’archipel, disparue depuis quatre ans. Résultat : la chute brutale de 40 % des arrivées au début du conflit a été en grande partie compensée.
La réponse a été fulgurante. Air Seychelles a loué un appareil de la compagnie émirienne Etihad, alors cloué au sol, et l’a affrété en moins de quinze jours. Cette décision a permis de rapatrier les clients bloqués, puis d’assurer des rotations régulières vers l’Europe. Aurélie Bonvalet, gérante de l’agence Seychelles Attitude, confirme que presque toutes ses réservations ont été basculées sur ces nouveaux vols. Sans cette réactivité, une partie de la saison d’avril à juin aurait été irrémédiablement perdue.
Les Seychelles dépendent historiquement des plaques tournantes du Golfe pour connecter leurs visiteurs européens. Dubaï, Doha et Abou Dhabi servaient de passages obligés, rendant l’archipel vulnérable à la moindre perturbation régionale. En 2020, la pandémie avait déjà démontré cette fragilité. Mais cette fois, le choc est géopolitique, non sanitaire. Et les autorités se sont souvenues que la passivité, lors des crises précédentes, avait coûté des mois de reprise. D’où cette décision inhabituelle de contourner les hubs ennemis par une ligne directe, même à perte temporaire.
La saison n’est pourtant pas totalement sauvée. Les réservations de dernière minute chutent, et les prix des billets ont grimpé jusqu’à 25 % sous l’effet de la hausse du carburant. Kevin Teerovengadum, administrateur de groupes hôteliers, prédit que le segment trois étoiles sera le plus touché, les classes moyennes européennes voyant leur pouvoir d’achat rogné. À l’inverse, les établissements de luxe des Seychelles résistent mieux. La vraie inconnue reste l’évolution du conflit : si la situation perdure, les touristes hésiteront à réserver pour l’automne.
Les touristes partis au début du conflit sans agence ont dû se débrouiller seuls, parfois avec des itinéraires absurdes via Nairobi ou Addis‑Abeba. Mais rares sont ceux qui ont annulé. Aurélie Bonvalet souligne que la confiance dans la stabilité de la destination reste élevée. Paradoxalement, l’archipel profite aussi de son image de sanctuaire préservé, loin des tensions moyen‑orientales.
Sur le plan régional, les Seychelles pourraient sortir renforcées. Madagascar, la Tanzanie ou l’île Maurice, moins bien dotées en vols directs depuis l’Europe, subissent déjà des baisses de réservations. Pour soutenir la demande, les tour‑opérateurs multiplient les promotions avec des remises allant jusqu’à 30 % sur certains hôtels. Mais l’avantage concurrentiel des Seychelles tient moins aux prix qu’à cette agilité logistique. Une leçon que d’autres destinations africaines feraient bien d’étudier.



