Le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti du président Alassane Ouattara, contrôle plus des trois quarts de l’Assemblée nationale ivoirienne depuis les législatives de fin 2025. Pourtant, des sanctions disciplinaires contre des candidats dissidents et une séquence vidéo récente de son propre porte-parole alimentent les soupçons d’une fracture interne grandissante.
Tout part d’une vidéo publique tournée à Bondoukou, dans le nord‑est du pays, où Kobenan Kouassi Adjoumani, porte‑parole du RHDP, lâche une phrase rare : « C’est parce qu’on ne s’entend pas. Au RHDP, nous sommes tous des transfuges, mais on est aujourd’hui sectaires. » Sans dénoncer nommément une aile du parti, il appelle à l’unité tout en apportant son soutien au maire de Bondoukou, récemment sanctionné par la direction pour candidature dissidente lors des dernières législatives – une sanction partagée par près de 180 autres cadres locaux.
Le RHDP est né comme une coalition autour du Rassemblement des républicains d’Alassane Ouattara, intégrant d’anciens cadres du PDCI et d’autres formations historiques. Cette hétérogénéité a longtemps été une force électorale, mais elle devient une fragilité dès qu’il s’agit de gérer les ambitions locales. Les législatives de fin 2025 ont exacerbé ces tensions : faute de places suffisantes, plusieurs figures régionales ont choisi de se présenter contre l’investiture officielle, brisant la discipline de parti.
À court terme, la direction du RHDP devra arbitrer entre répression interne et nécessaire réconciliation. Ignorer les appels à l’unité d’un porte‑parole aussi influent que Kobenan Kouassi Adjoumani risquerait d’accentuer les dissidences régionales, notamment à l’approche des élections locales. À plus long terme, ces frictions révèlent une question plus profonde : comment maintenir la cohésion d’un parti hétéroclite sans son fondateur charismatique, dans une perspective post‑2025 ?
La presse d’opposition n’a pas tardé à interpréter les propos de Kobenan Kouassi Adjoumani comme un aveu de mésentente entre courants historiques. Pourtant, ni lui ni les autres porte‑parole du RHDP, contactés par RFI, n’ont souhaité s’exprimer publiquement. Ce silence en dit long : dans un parti où l’unité est un dogme, toute voix discordante, même prudente, devient suspecte. Les sanctions contre les 180 dissidents ne sont pas qu’un détail technique ; elles dessinent le portrait d’un appareil qui peine à digérer sa propre victoire électorale.



