Le coup de filet se durcit contre la coalition d’opposition GCAP au Tchad. Le 25 avril 2026, son porte-parole Max Kemkoye et le président du parti Les Démocrates, Pr Avocksouma Djona, ont été arrêtés par les forces de l’ordre. D’autres membres du regroupement ont également été interpellés, alors qu’une marche nationale était prévue le 2 mai et que la Cour suprême vient de déclarer la coalition illégale.
L’arrestation d’Avocksouma Djona a eu lieu à son domicile dès 7 heures du matin, en présence de son épouse, selon son avocate Me Vetada Vounsia. Tous deux ont été conduits à la Direction nationale de la Recherche judiciaire. Max Kemkoye, lui, avait alerté quelques heures plus tôt sur les réseaux sociaux : des agents de l’Agence nationale de sécurité (ANS) avaient investi son quartier avec sa photo pour localiser sa maison. Aucune autorité judiciaire ou politique n’a encore officiellement motivé ces interpellations.
Ces arrestations s’inscrivent dans une séquence politique tendue. La Cour suprême a rendu le 24 avril un arrêt déclarant « illégal » le GCAP, coalition née de la contestation du pouvoir en place. Dans la foulée, le gouvernement a interdit toute activité politique du regroupement, y compris la marche d’indignation et de dignité prévue le 2 mai sur l’ensemble du territoire. Les autorités tchadiennes, régulièrement accusées de museler l’opposition, justifient ces mesures par le respect de l’ordre public et des décisions de justice.
La suite dépendra de la réponse judiciaire et politique. Si les arrestations sont suivies de poursuites et de longues détentions préventives, l’espace d’expression démocratique au Tchad se réduira encore. La marche du 2 mai, déjà interdite, pourrait néanmoins être maintenue par certains militants, ce qui exposerait ses participants à une répression sévère. À l’inverse, une libération rapide des opposants serait perçue comme un signal d’apaisement, hypothèse peu probable au vu de la fermeté affichée par les autorités.
Le chef de file de l’opposition démocratique, Pahimi Padacké Albert, a dénoncé une répression brutale des voix dissidentes. Selon lui, la fermeture systématique des voies d’expression pacifique révèle la nature monolithique d’un pouvoir porté par la terreur et le piétinement des droits fondamentaux. Ces déclarations trouvent un écho chez de nombreuses organisations de défense des droits humains, qui pointent régulièrement le recours à l’intimidation et aux arrestations ciblées pour neutraliser toute contestation organisée.
Par ailleurs, Pr Avocksouma Djona avait publié quelques heures avant son arrestation un message alarmant : « Suis-je en danger de mort ? » Il y relatait des visites nocturnes répétées d’individus cherchant son domicile. Ces témoignages, difficiles à vérifier indépendamment dans un contexte verrouillé, alimentent la crainte d’une surveillance renforcée et de méthodes d’intimidation préalables aux interpellations. Pour les observateurs, cette affaire confirme la fragilité chronique du dialogue politique au Tchad, où l’opposition peine à exister sans risquer la prison.



