Le Burkina Faso veut lever une réserve militaire de 100 000 hommes d’ici fin 2026. Le projet de loi examiné en Conseil des ministres prévoit une structure complémentaire aux forces régulières et aux Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP). Objectif : faire face à une insécurité persistante liée aux attaques jihadistes.
La réserve sera organisée en deux composantes. La première, dite de « premier ordre », regroupera des personnels ayant déjà une expérience militaire, mobilisables immédiatement. La seconde, plus large, concernera des civils qui recevront une formation spécifique pour renforcer progressivement les capacités de défense nationale. Le ministre de la Défense, le général de division Célestin Simporé, insiste sur la nécessité de « structurer un vivier de réservistes immédiatement mobilisables » et de consolider le lien entre la Nation et son armée.
Le Burkina Faso est plongé depuis 2015 dans une spirale d’attaques jihadistes régulières, souvent attribuées à des groupes affiliés à Al Qaïda et à l’organisation État islamique. Les autorités de transition, dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré, ont fait de la reconquête sécuritaire leur priorité absolue. Malgré les efforts des forces armées nationales et des VDP, supplétifs locaux souvent issus de la société civile, les pertes humaines et les déplacements de population restent massifs. Ce projet de réserve militaire s’inscrit dans une logique d’endiguement et de mobilisation générale de la population.
Le texte sera transmis à l’Assemblée législative de transition pour discussion et adoption. Si la loi est votée, le défi sera alors opérationnel : former 100 000 réservistes en moins de trois ans. Les autorités devront également garantir l’encadrement, l’équipement et la coordination entre réservistes, armée régulière et VDP. À terme, l’exécutif espère disposer d’un réservoir de forces capable de répondre rapidement aux exigences de sécurité nationale, sans attendre les reliquats d’une aide militaire extérieure souvent perçue comme inefficace ou contrainte.
Cette annonce intervient alors que le Burkina Faso a rompu ses accords de défense avec la France et se rapproche militairement du Mali et du Niger, eux aussi dirigés par des juntes. La création d’une réserve de 100 000 hommes répond aussi à une logique politique : montrer aux populations que l’État assume seul sa défense. Reste une question centrale : le pays dispose t il des capacités logistiques et financières pour former, armer et déployer un tel volume d’hommes. Le risque, souvent observé ailleurs, est celui d’une milice mal contrôlée, source de dérives sécuritaires ou de violences communautaires.
Les autorités burkinabè insistent sur la notion de « citoyen en âge de se battre et de défendre la patrie ». Ce glissement sémantique, de l’armée professionnelle vers une défense populaire, n’est pas neutre. Il traduit une stratégie d’hyper mobilisation citoyenne, proche de celle déjà expérimentée par certains pays en guerre. Mais dans un contexte de fragilité étatique, transformer 100 000 civils en réservistes opérationnels sans fractures internes ni abus reste un pari dangereux. Le vrai test ne sera pas le vote de la loi, mais sa mise en œuvre sur le terrain.



