Le forum tripartite réunissant le Tchad, le Cameroun et la République centrafricaine s’est achevé le 13 mai à N’Djamena sur une série de recommandations destinées à améliorer les échanges commerciaux entre les trois pays. Les discussions ont principalement porté sur les corridors Douala-N’Djamena et Douala-Bangui, considérés comme des axes vitaux pour l’approvisionnement des États enclavés d’Afrique centrale. Les participants ont également insisté sur la modernisation des procédures douanières et portuaires afin de réduire les lenteurs administratives qui pénalisent les échanges régionaux.
Les représentants du secteur des transports et de la logistique ont décrit des échanges particulièrement soutenus. Ibrahim Yaya, vice-président de l’Union africaine des organisations des transports et de la logistique, a évoqué un travail intensif autour des difficultés liées aux corridors commerciaux reliant le port de Douala aux capitales tchadienne et centrafricaine. Selon lui, les différentes parties ont tenté d’identifier les principaux blocages qui ralentissent le transport des marchandises, dans un contexte marqué par des coûts logistiques élevés et des délais souvent imprévisibles.
Le forum intervient dans une région où les infrastructures de transport restent insuffisantes malgré leur importance stratégique. Le port de Douala demeure la principale porte d’entrée maritime pour le Tchad et la République centrafricaine. Pourtant, les opérateurs économiques dénoncent régulièrement les embouteillages portuaires, les tracasseries administratives, la corruption et l’état dégradé de certains axes routiers. Ces difficultés ont des conséquences directes sur les prix des produits importés et sur la compétitivité des économies locales. L’intégration régionale en Afrique centrale reste par ailleurs freinée par des politiques commerciales encore fragmentées.
Les organisateurs du forum souhaitent désormais transformer les recommandations en mesures concrètes. Carole Mbessa Elongo, présidente de Douala Port Weighing Service, a souligné la qualité des débats et l’engagement des participants. Elle estime que les propositions formulées pourraient déboucher sur des réformes opérationnelles, à condition que les autorités assurent leur mise en œuvre effective. La ministre tchadienne des Transports aurait notamment insisté sur la nécessité d’exécuter rapidement les résolutions adoptées durant les travaux.
Les conseils des chargeurs ont également été invités à renforcer leur implication dans la résolution des difficultés rencontrées par les opérateurs économiques. Auguste Mbappe Penda, directeur général du Conseil national des chargeurs du Cameroun, a plaidé pour une assistance plus importante aux acteurs du commerce régional. Dans cette logique, une convention doit être signée entre le Conseil des chargeurs du Cameroun et le Conseil des chargeurs du Tchad afin d’améliorer la coordination et l’accompagnement des transporteurs et importateurs.
Ce type de forum produit régulièrement des engagements ambitieux en Afrique centrale, mais les résultats concrets tardent souvent à se matérialiser. Le principal défi reste celui de l’application des décisions annoncées. Sans investissements massifs dans les infrastructures, sans simplification administrative et sans lutte sérieuse contre les pratiques informelles qui gangrènent les corridors, les ambitions d’intégration régionale risquent de rester limitées. Pour le Tchad et la RCA, dont les économies dépendent fortement du corridor camerounais, l’efficacité logistique n’est plus seulement une question commerciale. Elle relève désormais d’un impératif stratégique et politique.



