Dimanche 17 mai 2026, plusieurs centaines de militants du Pastef ont investi le centre de Dakar pour afficher leur soutien sans faille au Premier ministre Ousmane Sonko, officiellement désigné candidat du parti à l’élection présidentielle de 2029. Cette marche intervient une semaine après un meeting de la coalition « Diomaye Président », qui tente de s’imposer comme une alternative en soutenant le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye pour les prochains scrutins. Le message est clair : le Pastef ne compte pas laisser l’initiative politique à son ancienne figure désormais distante.
À l’appel du maire de Dakar, Abass Fall, également coordonnateur du Pastef pour le département, des militants issus des 19 communes de la capitale ont répondu présents. Parmi eux, Ousseynatou, coiffeuse à Dieuppeul, venue en tee‑shirt et casquette à l’effigie d’Ousmane Sonko : « On n’était pas des politiques. C’est Sonko qui m’a fait aimer la politique. On veut qu’il soit élu dans le calme, pas dans la guerre. » Les slogans scandaient également une défiance assumée : « Ousmane Sonko sans les traîtres », en référence directe à la prise de distance de Bassirou Diomaye Faye avec le Pastef.
Depuis plusieurs semaines, Bassirou Diomaye Faye affiche une autonomie croissante vis‑à‑vis du Pastef, parti qui l’a pourtant porté au pouvoir. Cette distance, perçue par la base militante comme une défection, alimente les tensions au sommet de l’exécutif. Là où certains analystes voient une stratégie de normalisation présidentielle, les partisans de Sonko y lisent une menace directe contre l’unité politique qui avait permis la victoire de 2024. Le contexte est d’autant plus tendu que la coalition « Diomaye Président » cherche désormais à structurer une offre électorale autonome.
À trois ans de la présidentielle, le Pastef active ses relais locaux pour verrouiller sa base et préparer la succession de Sonko, toujours Premier ministre. La marche du 17 mai n’est que la première d’une série de mobilisations destinées à peser sur le chef de l’État et à l’empêcher de capter seul l’héritage politique commun. Cependant, certains militants gardent l’espoir d’un retour de Diomaye Faye « à la maison », comme le répète Aminata, venue manifester : « Pour moi c’est une mésentente, pas une rupture définitive. On l’appelle à revenir vers nous, le Pastef c’est sa maison. On a résisté à Macky Sall, on résistera à tous les autres petits tracas. »
À Ziguinchor, fief historique de Sonko, le responsable local Souleymane Mané livre une analyse plus réaliste : selon lui, la distance prise par Diomaye Faye est désormais irréversible, et le Pastef doit s’y préparer sans naïveté. « Nous n’avons peur d’aucune alternative. La coalition Diomaye Président ne nous fera pas plier », a‑t‑il déclaré. Le parti au pouvoir, en pleine recomposition interne, joue ainsi une double partition : maintenir la pression sur l’actuel président tout en évitant une rupture ouverte qui affaiblirait l’exécutif à l’approche d’échéances cruciales. La marche de Dakar a montré que la base, elle, ne veut plus attendre.



