Au Cap Vert, le vent de l’alternance a soufflé sur les législatives partielles. Le Parti africain pour l’indépendance du Cap Vert (PAICV) a revendiqué la victoire, tandis que le Premier ministre sortant, Ulisses Correia e Silva, a reconnu sa défaite sans attendre les résultats définitifs. Une bascule politique majeure se profile, après dix ans d’opposition.
Avec 98 % des bulletins dépouillés, le PAICV obtient 35 sièges, contre 31 pour le Mouvement pour la Démocratie (MpD) au pouvoir. L’Union capverdienne pour l’indépendance et la démocratie (UCID) conserve deux sièges. Quatre derniers sièges, correspondant à la diaspora, restent à attribuer par la Commission nationale indépendante (CNE). Le taux de participation, lui, n’a atteint que 50 % des 415 000 inscrits, un niveau préoccupant pour la vitalité démocratique de l’archipel.
Le MpD dirigeait le pays depuis 2016, avec une réélection confortable en 2021. Ulisses Correia e Silva a construit son bilan sur la stabilité macroéconomique et la gestion de la crise sanitaire. Mais la lassitude populaire, la hausse du coût de la vie et une certaine usure du pouvoir ont fragilisé son camp. Le PAICV, parti historique de l’indépendance, a su capitaliser sur ce mécontentement en revenant à ses fondamentaux sociaux.
Francisco Carvalho, actuel maire de Praia et nouveau chef de file du PAICV, devrait donc devenir le prochain homme fort du pays. Sa feuille de route repose sur trois piliers : accès élargi à la santé, réforme de l’enseignement supérieur, et amélioration des transports interîles. Les résultats définitifs, attendus le 25 mai, confirmeront ou infirmeront la tendance. Mais la transition semble déjà engagée, dans le calme et le respect des règles démocratiques.
Ulisses Correia e Silva n’a pas attendu la proclamation officielle pour appeler son vainqueur. « J’ai félicité le président du PAICV et je lui souhaite plein succès pour garantir une bonne gouvernance au Cap Vert », a déclaré le Premier ministre sortant depuis le QG de son parti. Une attitude rare en Afrique, qui renforce la crédité du processus électoral capverdien. Silva a même invité son successeur à « veiller sur le Cap Vert », signe d’une passation apaisée.
Francisco Carvalho, lui, a justifié son succès par l’ancrage local de son projet. « Le projet “Cabo Verde para todos” était le meilleur, car il est construit à partir des nécessités réelles des Cap Verdiens », a t il affirmé. Ancien maire de la capitale, il incarne une gauche pragmatique, moins idéologique que gestionnaire. Reste à savoir si son parti saura traduire cette promesse de justice sociale en actes, dans un pays contraint par une forte dette et une dépendance aux investissements extérieurs.



