Nommé Premier ministre lundi soir par le président Bassirou Diomaye Faye, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo a immédiatement clarifié sa ligne : pas de rupture avec les engagements de la coalition au pouvoir, mais un « changement de méthode dans la cohérence institutionnelle et de l’action gouvernementale ». Une déclaration qui vise autant à rassurer les partisans d’Ousmane Sonko, son prédécesseur, qu’à marquer sa propre empreinte.
Ancien ministre secrétaire général du gouvernement puis ministre d’État chargé du suivi de l’Agenda Sénégal 2050, Lo connaît parfaitement les rouages de l’exécutif. En prenant la parole, il a salué le travail accompli par Sonko, notamment l’adoption du programme de redressement économique et social et de la stratégie nationale de développement quinquennale. Mais il a aussi insisté sur les difficultés du moment : finances publiques sous tension, répercussions des crises internationales sur les prix de l’énergie, et climat social fragile.
Cette passation intervient à un moment clé pour la jeune administration de Bassirou Diomaye Faye, arrivée au pouvoir en avril 2024. Ousmane Sonko, figure tutélaire de la mouvance, quitte la primature pour faire son retour à l’Assemblée nationale, où les députés doivent examiner mardi sa réintégration parlementaire et élire un nouveau président du Parlement après la démission de Malick Ndiaye. Un jeu de chaises musicales qui révèle une recomposition politique en cours, où chaque mouvement est scruté comme un indicateur des équilibres internes du pouvoir.
Lo a affiché ses priorités : résoudre les difficultés sociales, promouvoir une gouvernance fondée sur le « jub, jubal, jubanti » (transparence, responsabilité, probité), et renforcer la souveraineté économique, géostratégique et culturelle du Sénégal. Il a également lancé un appel à la mobilisation nationale, visant les jeunes, les femmes, les religieux, la société civile et la diaspora. Sur le plan économique, son message aux investisseurs et partenaires techniques fut sans ambages : le Sénégal reste un pays sûr et fiable. Une déclaration de stabilité destinée à contrer les inquiétudes nées de l’alternance et des tensions sous régionales.
Ancien de la BCEAO, Lo insiste sur son parcours technique pour légitimer sa capacité à gérer la crise. En évoquant « les moments cruciaux » que traverse le pays, il nomme sans détour les fragilités : environnement sécuritaire sous régional délétère, tensions sociales latentes, et pressions externes. Mais en promettant la continuité des réformes tout en changeant de méthode, il tente une synthèse délicate : garder la confiance des partisans de Sonko sans paraître simple exécutant, tout en imposant sa propre rigueur gestionnaire. Le pari est risqué. Le succès dépendra de sa capacité à traduire cette « nouvelle méthode » en actes concrets, rapidement visibles par une population qui attend des résultats, non des réaménagements de personnel.



