Le Kenya est sur le point de conclure un accord majeur avec les États-Unis sur les minerais critiques. Ce partenariat prévoit que les terres rares et autres ressources stratégiques extraites du sol kenyan soient désormais transformées localement, et non plus exportées à l’état brut. Une annonce faite par le président William Ruto en marge du sommet du G7, qui marque un tournant dans la politique des ressources naturelles du pays.
Concrètement, cet accord signifierait que le Kenya ne se contenterait plus d’expédier ses minerais sans valeur ajoutée. Les gisements identifiés – lithium, niobium, graphite, cuivre, nickel et terres rares – seraient traités sur place, permettant de capter une part bien plus importante des revenus générés par ces ressources. Pour Nairobi, l’enjeu est double : bâtir une industrie minière compétitive et créer des emplois qualifiés, tout en attirant des investissements étrangers dans des infrastructures de transformation lourdes.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement de fond qui traverse tout le continent. De nombreux pays africains, fatigués de n’être que des fournisseurs de matières premières, imposent désormais des restrictions à l’exportation des minerais non transformés. Le Kenya, jusqu’ici discret dans ce secteur, rattrape son retard en misant sur la demande mondiale explosive liée à la transition énergétique et aux technologies de défense. Les États-Unis, de leur côté, cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement face à la mainmise chinoise sur le marché des terres rares.
Si l’accord aboutit, le Kenya pourrait se positionner comme une plaque tournante régionale pour le raffinage et la fabrication avancée. Mais la route est semée d’embûches. Les défis techniques, financiers et énergétiques pour installer des unités de transformation sont immenses. De plus, les négociations avec Washington devront garantir que le bénéfice ne soit pas à sens unique. Ruto parle de partenariat gagnant-gagnant, mais l’histoire des accords miniers en Afrique invite à la prudence : la promesse d’industrialisation locale a trop souvent cédé face aux intérêts étrangers.
Pour les observateurs, ce rapprochement avec les États-Unis n’est pas anodin. Il intervient alors que Pékin et Washington se livrent une concurrence acharnée pour l’accès aux minerais stratégiques. Le Kenya, en ouvrant ce canal privilégié avec l’administration américaine, envoie un signal fort à la communauté internationale : il entend être un acteur, et non un simple spectateur. Reste à savoir si ce deal servira réellement les intérêts des populations locales. Les premières bénéficiaires seront sans doute les multinationales, mais le gouvernement promet des retombées en matière d’emplois et de transfert de compétences.
La détermination de Ruto est louable, mais elle soulève une question fondamentale : le Kenya dispose-t-il des infrastructures énergétiques et logistiques pour soutenir une industrie de raffinage à grande échelle ? Actuellement, le pays importe une part importante de son électricité et ses réseaux de transport sont fragiles. Sans un plan clair pour surmonter ces goulets d’étranglement, l’ambition de transformation locale risque de rester lettre morte. Un pari risqué, mais peut-être le seul moyen pour Nairobi de sortir de la spirale de l’exportation de matières premières.



