Le Maroc s’est qualifié pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026 en venant à bout d’Haïti sur le score de 4 à 2, lors de la troisième journée du groupe F. Mais cette victoire, acquise dans les dernières minutes grâce à des réalisations de Rahimi et Yassine, ne suffit pas à offrir la première place aux Lions de l’Atlas. C’est le Brésil, impérial face à l’Écosse (3-0), qui termine en tête de la poule et hérite d’un tableau théoriquement plus clément. Une issue logique au regard des forces en présence, mais qui laisse un goût mitigé pour les Marocains, longtemps bousculés par des Haïtiens déjà éliminés mais jamais résignés.
Pourtant favoris sur le papier, les hommes de Mohamed Ouahbi ont livré une copie en dents de scie. Menés dès la 10e minute sur une talonnade opportuniste de Lenny Joseph, ils ont subi l’intensité haïtienne avant de réagir par Achraf Hakimi juste avant la pause. Mais le répit fut de courte durée : Wilson Isidor inscrivit l’un des plus beaux buts du tournoi d’une frappe en lucarne, avant qu’Ismael Saibari ne rétablisse l’équilibre dans le temps additionnel. Ce n’est qu’en fin de rencontre, face à des Grenadiers physiquement émoussés, que le Maroc a fait parler sa profondeur de banc et son expérience pour arracher les trois points. Une victoire utile, mais qui révèle des fragilités défensives et une gestion du tempo parfois erratique.
Ce scénario s’inscrit dans la trajectoire contrastée du football marocain depuis son exploit historique au Qatar en 2022. Porté par une génération dorée et un statut de demi-finaliste, le Maroc aborde cette édition américaine avec des attentes décuplées, tant sur le plan sportif que médiatique. Mais la pression du résultat et le poids des favoris semblent peser sur une équipe qui peine à reproduire sa sérénité légendaire. Haïti, de son côté, n’avait rien à perdre : éliminé après deux défaites, le sélectionneur a offert une liberté totale à ses joueurs, qui ont joué sans complexe et ont failli créer l’exploit. Ce contraste de motivations a failli coûter cher aux Marocains, rappelant que dans un Mondial, aucune formation ne se laisse dominer sans combat.
Avec cette deuxième place, le Maroc hérite d’un adversaire issu du groupe E, très probablement l’Allemagne ou le Japon, deux nations redoutables dans l’engagement physique et la rigueur tactique. Le chemin vers les quarts s’annonce semé d’embûches, d’autant que les Lions devront impérativement corriger leur entame de match et leur concentration sur phases arrêtées. Le Brésil, lui, file en patron vers une opposition plus accessible, renforçant l’idée que la première place était un sésame précieux. Pour Ouahbi, le défi est désormais mental : transformer cette alerte en déclic, et retrouver cette faculté à maîtriser les rencontres de bout en bout, gage de crédibilité pour une nation qui vise désormais le dernier carré.
Au-delà du résultat, la prestation d’Haïti mérite un hommage appuyé. Les Grenadiers ont proposé un jeu vertical, audacieux, porté par un Duverne inspiré sur son flanc et un Placide héroïque dans ses buts avant que la fatigue ne le trahisse. Leur football, fait d’intensité et de percussion, a exposé les faiblesses marocaines dans l’entrejeu, où la récupération a souvent été approximative. Si l’élimination est cruelle, cette génération haïtienne repart avec la fierté d’avoir fait vaciller un demi-finaliste du dernier Mondial, et avec des arguments pour construire l’avenir dans une zone CONCACAF de plus en plus compétitive.
Sur le plan tactique, le Maroc a payé son retard à la relance et son manque de justesse dans les trente derniers mètres durant une grande partie du match. Les changements opérés par Ouahbi – notamment l’entrée de Rahimi – ont apporté le sursaut offensif attendu, mais la défense à trois a parfois semblé fébrile face aux appels en profondeur haïtiens. Le doublé de Hakimi, sur penalty, masque mal les difficultés à verrouiller les transitions adverses. À huit jours du prochain match, le staff technique devra arbitrer entre continuité et ajustements, notamment au poste de milieu défensif où l’équilibre fait défaut. La qualification est acquise, mais la marge de progression est encore grande pour espérer rivaliser avec les cadors européens et sud-américains.



