L’Égypte a officiellement apporté son soutien à l’accord-cadre conclu vendredi entre le Liban et Israël sous médiation américaine, tout en posant des conditions claires sur son application. Lors d’un échange téléphonique avec le Premier ministre libanais Nawaf Salam, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a qualifié ce texte de « point de départ significatif », mais a immédiatement insisté sur la nécessité d’un retrait progressif d’Israël des zones encore occupées. Une prise de position qui place Le Caire en soutien affiché de la souveraineté libanaise, sans pour autant occulter les défis sécuritaires immédiats.
Cet accord, qui fait suite à un cinquième round de négociations, se présente comme une feuille de route politique et militaire visant à instaurer un cessez-le-feu durable et à régler la question des frontières sud-libanaises. Concrètement, il prévoit des mécanismes d’engagement entre les deux parties pour désamorcer les tensions, mais il bute d’emblée sur un point fondamental : l’évocation du désarmement du Hezbollah. Ce volet, aussi central soit-il pour Israël et les États-Unis, est perçu à Beyrouth comme une ingérence dans l’équilibre interne libanais, d’autant que la résolution 1701, adoptée en 2006, reste à ce jour partiellement appliquée.
Pour comprendre les ressorts de cette médiation égyptienne, il faut rappeler que Le Caire, historiquement hostile à toute extension du conflit israélo-arabe, joue un rôle d’équilibriste au Proche-Orient. Depuis la chute de Moubarak, l’Égypte a perdu une partie de son influence stratégique, mais elle reste un acteur incontournable sur le dossier libanais, notamment en raison de ses relations privilégiées avec les pays du Golfe et son statut de pont avec les factions palestiniennes. En saluant cet accord, Abdelatty ne se contente pas d’un geste diplomatique : il rappelle que l’application intégrale et non sélective de la résolution 1701 – qui exige le retrait israélien et le désarmement de toutes les milices – est la clé d’une stabilisation durable. Une position qui, en creux, renvoie dos à dos les parties prenantes.
D’un côté, le texte offre une fenêtre pour un retrait israélien des zones encore occupées, ce qui permettrait à l’armée libanaise de se déployer sur l’ensemble du territoire et de rétablir le monopole étatique des armes, objectif affiché par Nawaf Salam. De l’autre, le rejet catégorique du Hezbollah, qui considère ce cadre comme une concession inacceptable, complique toute mise en œuvre rapide. Les prochaines semaines seront décisives : le gouvernement libanais devra choisir entre une coopération avec Le Caire et Washington, ou un repli sur ses équilibres confessionnels internes. Le Caire, de son côté, mise sur une pression diplomatique progressive pour éviter un enlisement, mais sans garantie de succès.
Si le Premier ministre Salam a salué la constance de la position égyptienne et promis une coordination renforcée avec Le Caire, il doit composer avec une classe politique fracturée et une rue en proie à des difficultés économiques chroniques. L’armée libanaise, bien que perçue comme un rempart républicain, manque de moyens pour contrôler efficacement la frontière sud. Un haut responsable diplomatique arabe, cité sous couvert d’anonymat, estime que « l’accord est un pansement sur une plaie ouverte : il peut stopper l’hémorragie, mais ne guérit rien sans un engagement politique interne fort ». Cet avis reflète le scepticisme de nombreux observateurs, qui voient dans ce texte une solution temporaire plus qu’une refondation sécuritaire.
En rejetant d’emblée toute référence à son désarmement, le mouvement chiite affirme sa volonté de conserver son statut d’acteur militaire incontournable, malgré la pression israélienne et américaine. L’Égypte, en prônant un « retrait total » et une application stricte de la résolution 1701, se positionne en garant d’une orthodoxie internationale, mais elle sait pertinemment que sans une concession mutuelle – sur les zones contestées ou sur le calendrier de retrait – l’accord risque de rester lettre morte. La balle est désormais dans le camp de Beyrouth et de Tel-Aviv, tandis que Le Caire tente de maintenir la dynamique, conscient que l’inaction serait plus coûteuse qu’une médiation imparfaite.



