Un pari audacieux, rendu possible par un recours suspensif devant la Cour de cassation, qui lui permet de rester présumée innocente et d’éviter, pour l’heure, le port d’un bracelet électronique. La quadruple candidate du Rassemblement National joue toutefois son avenir politique sur une décision judiciaire qui pourrait intervenir en pleine campagne.
Sites de dons, affiches, slogan “La Renaissance” : les équipes de Marine Le Pen ont déployé un dispositif rodé pour sculpter le récit d’une femme “insubmersible”. Un proche de la candidate évoque une série d’épreuves surmontées, de l’attentat contre son père à ses défaites passées, en passant par ses revirements sur l’Europe. Mais ce narratif de résilience, bâti pour séduire un électorat en quête de constance, bute désormais sur une réalité judiciaire bien plus pesante que les précédentes polémiques.
Pour la première fois, elle a reconnu avoir détourné des fonds européens, un fait qui fragilise son image de pourfendeuse des “élites corrompues”. Si le pourvoi en cassation lui offre un répit temporaire, il ne fait que repousser l’échéance. Le premier président de la Cour de cassation a déjà évoqué une possible décision accélérée d’ici la fin de l’année, soit à quelques mois du premier tour. Un rejet signifierait l’activation immédiate du bracelet électronique, une image dévastatrice pour une candidate à la magistrature suprême.
Les juges oseront-ils prononcer une peine contraignante en pleine séquence électorale ? La candidate compterait-elle jouer les montres, entre l’arrêt de la Haute Cour et la convocation chez le juge d’application des peines, pour tenter d’atteindre le second tour ? Dans l’esprit de son équipe, l’immunité présidentielle, en cas de victoire, apparaît comme la seule issue vraiment protectrice. Mais ce scénario ubuesque, qui verrait un président élu sous le coup d’une peine ferme, interroge la résilience même des institutions françaises.
Édouard Philippe a rappelé ses anciennes positions en faveur de l’inéligibilité à vie pour les détourneurs, tandis que Gabriel Attal a souligné “la dimension morale” d’une candidate doublement condamnée. À droite, Bruno Retailleau l’accuse de “fragiliser les institutions”. Mais c’est à gauche que le ton est le plus dur : Jean-Luc Mélenchon appelle à “chasser le RN”, tandis que Boris Vallaud la qualifie sans détour de “délinquante”. Autant d’attaques qui, si elles la confortent dans son rôle de “victime du système”, la contraignent à un débat de fond sur la probité publique, un terrain glissant pour un parti historiquement accusé de clientélisme.
Le jeune président du RN, qui se préparait au cas où la condamnation serait définitive, doit désormais ranger son “plan B”. Si des divergences étaient apparues sur des sujets comme la réforme des retraites, la candidate a rapidement réaffirmé son intention de faire de lui son Premier ministre, une manière de verrouiller le ticket et d’éviter toute velléité de contestation. En se rendant dans l’Ouest pour son premier déplacement, elle entame une campagne où elle devra conjuguer son statut d’opposante radicale avec celui, bien plus encombrant, de justiciable. L’ombre de François Fillon, dont la campagne de 2017 fut brisée par les mises en examen, plane sur cet entre-deux périlleux.



