Le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, a reçu séparément le 6 juillet à Bujumbura des représentants de l’opposition congolaise et des chefs religieux. Loin d’aboutir à un front uni, cette consultation a révélé des divergences profondes sur la crise institutionnelle qui secoue la République démocratique du Congo, et en particulier sur le projet de révision constitutionnelle porté par le pouvoir de Félix Tshisekedi. Une réunion plénière a clôturé la journée, sans pour autant dissiper les tensions ni clarifier le mandat précis du médiateur burundais.
Les audiences se sont succédé en trois temps : d’abord l’archevêque Ejiba Yamapia pour la Plateforme des Églises de Réveil, puis les représentants de l’Église du Christ au Congo et de la Conférence épiscopale nationale, enfin les responsables de la Coalition Article 64. Si Ndayishimiye a affirmé avoir obtenu l’accord préalable de Félix Tshisekedi pour mener cette médiation, la présidence congolaise n’a pas confirmé publiquement cette information. Le communiqué officiel burundais, d’une prudente brièveté, évoque des échanges « dans un esprit d’ouverture » sans mentionner la moindre question de fond, ni la révision constitutionnelle, ni même les contours d’un éventuel dialogue national.
Cette tentative de médiation s’inscrit dans une conjoncture où les initiatives internationales se multiplient sans parvenir à résoudre la quadrature congolaise. Les processus de Nairobi, Luanda, Doha ou Washington se concentrent prioritairement sur les dimensions militaire et diplomatique du conflit dans l’est du pays, laissant de côté la question politique intérieure. Or, c’est précisément sur ce terrain que le projet de révision de la Constitution de 2006, perçu par l’opposition comme un coup de force institutionnel, cristallise les méfiances. La division des Églises, acteurs historiques de la médiation, ajoute à la complexité d’un paysage déjà fragmenté par les luttes de pouvoir et les enjeux sécuritaires.
L’issue de cette rencontre demeure incertaine. Ndayishimiye a promis de s’entretenir prochainement avec Félix Tshisekedi, et d’éventuelles nouvelles sessions à Bujumbura pourraient dépendre de la teneur de cet échange. L’opposition, par la voix de la Coalition Article 64, maintient pour l’heure sa mobilisation prévue le 22 juillet à Kinshasa, exigeant des gestes concrets avant tout dialogue : libération des prisonniers politiques, levée des condamnations à caractère politique et fin des restrictions de délivrance de passeports. L’abandon pur et simple du projet de révision constitutionnelle est posé comme un préalable non négociable, tant que le pays reste en état de guerre.
La fracture confessionnelle est l’un des enseignements majeurs de cette journée. D’un côté, l’Église de réveil du Congo, proche du pouvoir, soutient le changement constitutionnel et appelle au respect du cadre fixé par les autorités. De l’autre, la Cenco et l’ECC, fortes de leur légitimité historique, réaffirment leur opposition frontale et réclament la mise en œuvre de leur propre feuille de route, élaborée avec la médiation angolaise. Cette dichotomie affaiblit la capacité des religieux à jouer un rôle fédérateur et offre au pouvoir une marge de manœuvre pour opposer les uns aux autres.
Du côté de l’opposition, si le principe de la médiation burundaise est salué, la méfiance envers la sincérité de Félix Tshisekedi reste vive. Les sources présentes à Bujumbura rapportent que les responsables de la C64 ont conditionné leur participation à des garanties fermes, craignant que le dialogue ne serve qu’à légitimer une révision constitutionnelle déjà largement entamée. La demande de gestes de décrispation, assortie d’un refus catégorique de toute révision en temps de guerre, traduit une stratégie de confrontation prudente mais résolue. L’opposition entend ainsi poser des lignes rouges claires avant même l’ouverture de toute négociation.
La marche du 22 juillet, officiellement notifiée aux autorités de Kinshasa, constitue un test décisif pour la crédibilité du processus. Les cinq partis de la coalition maintiennent leur calendrier, avec un rassemblement prévu dès 9 heures du matin et la remise d’un mémorandum au chef de l’État. Par ailleurs, une conférence de presse est annoncée pour le jeudi 9 juillet, qui devrait préciser la position finale des délégations après leur retour à Kinshasa. L’avenir de cette médiation dépendra désormais de la capacité de Ndayishimiye à convaincre Tshisekedi d’ouvrir un espace de dialogue crédible, et de l’opposition à y participer sans renoncer à ses exigences minimales.



