Le Burkina Faso a mis en service, le 7 août 2026, la centrale thermique Bobo 2, d’une capacité de 26,4 MW, pour un coût de 33,9 milliards FCFA. Cette inauguration, qui survient trois semaines après celle d’une centrale d’urgence de 50 MW à Pabré, et alors que les travaux d’une installation de 120 MW viennent de débuter à Saaba, confirme une accélération sans précédent des investissements thermiques dans le pays. En quelques mois, plus de 400 MW de nouveaux projets ont été annoncés ou lancés, marquant un virage net dans la stratégie énergétique nationale.
La dynamique ne se limite pas aux seules réalisations de l’été. En juin 2026, un consortium d’investisseurs a fait savoir son intention de construire deux centrales totalisant 300 MW, répartis entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Plus tôt dans l’année, le groupe émirati Mark Cables avait déjà dévoilé un projet de 200 MW, évalué à 180 millions d’euros. Si la plupart de ces projets restent à concrétiser, leur simple annonce, couplée aux mises en service immédiates, traduit une volonté politique claire : augmenter rapidement la part de la production locale pour faire face à une demande en forte croissance, notamment dans les centres urbains où les coupures se multiplient.
Cette frénésie thermique s’inscrit dans une réalité structurelle. En 2024, l’énergie totale disponible au Burkina Faso s’élevait à 2 776,9 GWh, dont près de 49 % provenaient d’importations en provenance de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo. Une dépendance lourde de conséquences, car elle expose le pays aux aléas de production chez ses voisins, aux goulets d’étranglement des lignes de transport et aux fluctuations des prix régionaux. Parallèlement, le thermique représentait déjà 46,6 % de la puissance totale disponible en 2024, ce qui signifie que le pays, loin de diversifier son mix, renforce son recours aux combustibles fossiles pour sécuriser son approvisionnement de court terme.
Les autorités affichent des objectifs énergétiques ambitieux. Le Pacte national de l’énergie 2026-2030 vise à fournir l’électricité à 17,9 millions de Burkinabè supplémentaires d’ici 2030, dont 11,1 millions en zones rurales, avec un taux d’électrification urbaine porté à 100 % et rural à 70,7 %. Pour financer cette feuille de route, le secteur privé est attendu à hauteur de 7,4 milliards de dollars, contre 2,4 milliards pour les partenaires internationaux et 493 millions pour l’État. Mais cet empressement à construire des centrales thermiques pose une question de fond : ces investissements, massifs, ne risquent-ils pas de verrouiller le pays dans une solution coûteuse et polluante, alors que les énergies renouvelables, pourtant abondantes au Sahel, restent sous-exploitées ?
L’urgence est compréhensible. Le taux d’accès national à l’électricité n’était que de 34,2 % en 2024, avec un fossé béant entre les villes (87,8 %) et les campagnes (10,2 %). Dans ce contexte, toute nouvelle mégawatt est présentée comme un progrès. Pourtant, les centrales thermiques, souvent installées à proximité des grands centres urbains, profitent d’abord aux populations déjà connectées. L’électrification rurale, qui passe par des solutions décentralisées et des réseaux de distribution spécifiques, ne bénéficie que marginalement de ces gros investissements. Le risque est de renforcer une logique à deux vitesses, sans résoudre le cœur du problème structurel.
Les annonces se succèdent, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le coût au mégawatt des centrales thermiques récentes varie entre 1,1 et 1,3 million d’euros par MW, un niveau élevé pour des installations dont la durée de vie et le rendement dépendent des prix volatils du fioul ou du gaz. À l’heure où les bailleurs de fonds internationaux privilégient les projets solaires et éoliens, le Burkina Faso assume un choix discutable sur le plan économique et environnemental. Les autorités justifient cette orientation par la rapidité de mise en œuvre et la maîtrise technique, mais cette fuite en avant thermique pourrait hypothéquer la viabilité à long terme du système électrique national, alourdir la facture des consommateurs et renforcer la dépendance aux importations de combustibles, annulant en partie l’autonomie recherchée.



