Le Niger et l’australien Atomic Eagle sont parvenus à un accord pour relancer le projet d’uranium Madaouela, l’un des plus vastes gisements du pays. Après deux ans de bras de fer et un retrait de permis en juillet 2024, la nouvelle convention minière, approuvée le 21 août par le Conseil des ministres, accorde désormais 40 % du projet à l’État nigérien, contre 20 % auparavant. Atomic Eagle conserve 60 % et le contrôle opérationnel, mais à des conditions financières et politiques nettement revues.
La nouvelle structure de participation marque un basculement significatif. L’État nigérien bénéficie de 15 % de parts gratuites, sans obligation de financement, et de 25 % contributifs, qu’il devra financer sous peine de dilution. Pour l’aider, un crédit de 40 millions de dollars est accordé à Niamey, prélevable sur ses futures contributions. Atomic Eagle, de son côté, versera 10 millions de dollars pour le permis, dont la moitié dans les trente jours. L’accord inclut aussi des clauses de contenu local : environ 1 000 emplois pour les jeunes Nigériens et une priorité aux entreprises locales pour les services liés au projet.
Ce compromis est l’aboutissement d’une confrontation engagée en juillet 2024, lorsque Niamey avait retiré le permis à GoviEx, l’ancêtre d’Atomic Eagle, accusant la société de ne pas faire avancer le développement du gisement. La compagnie, qui contestait la décision, avait lancé un arbitrage international avant d’accepter, début 2025, de suspendre la procédure pour négocier une issue amiable. Cette évolution s’inscrit dans la politique de souveraineté minière menée par les autorités nigériennes depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a également conduit à la nationalisation de la Somaïr et au retrait du permis d’Imouraren à Orano.
La signature de la convention n’est qu’une étape politique et juridique. Le projet Madaouela, qui repose sur une estimation historique de 116,5 millions de livres d’uranium et sur plus de 160 millions de dollars déjà investis par GoviEx, doit encore franchir le cap de la construction. Atomic Eagle dispose de deux ans pour actualiser les études de faisabilité, environnementales et sociales, et pour sécuriser les financements nécessaires. La société bénéficie de clauses de stabilisation fiscale et d’accès à l’arbitrage du CIRDI, mais le véritable test sera sa capacité à transformer cet accord en mine opérationnelle.
Contrairement à Orano, qui reste engagé dans un contentieux avec Niamey, Atomic Eagle a fait le choix du compromis. L’abandon de l’arbitrage, prévu dans les sept jours suivant la signature de la convention, est une concession majeure. En contrepartie, la société australienne obtient des garanties juridiques et un cadre fiscal stabilisé pour dix ans, renouvelable. Ce choix stratégique illustre la nouvelle donne minière au Niger, où les investisseurs étrangers doivent désormais accepter des parts étatiques renforcées et des droits de commercialisation accordés à Niamey, pouvant aller jusqu’à 50 % de la production.
L’accord ouvre également la voie à une reconfiguration des équilibres régionaux. En imposant des conditions plus strictes tout en maintenant une porte ouverte aux capitaux étrangers, Niamey cherche à concilier souveraineté et attractivité. La capacité d’Atomic Eagle à lever les fonds nécessaires et à démarrer la construction dans les délais impartis sera scrutée de près, tant par les marchés que par les partenaires internationaux. Pour le Niger, l’enjeu est double : assurer des retombées économiques concrètes pour une population jeune et en quête d’emplois, tout en consolidant son contrôle sur des ressources stratégiques au cœur des tensions géopolitiques mondiales.



