Lors du 18e sommet des BRICS à New Delhi, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a proposé la création d’un mécanisme international chargé de l’évaluation scientifique indépendante de l’intelligence artificielle. Cette initiative vise à encadrer une technologie dont le développement rapide dépasse aujourd’hui les capacités de supervision des États.
Le mécanisme envisagé par Pretoria reposerait sur plusieurs piliers : le contrôle humain des systèmes d’IA, des procédures obligatoires de signalement des incidents graves et des garanties progressivement renforcées à mesure que les capacités des systèmes augmentent. Cyril Ramaphosa a insisté sur la nécessité de ne jamais laisser les capacités technologiques dépasser la compréhension et le contrôle humains. Il a également soutenu la proposition chinoise d’établir un écosystème d’IA propre aux BRICS, tout en plaidant pour que les économies en développement bénéficient d’investissements accrus dans leurs capacités souveraines.
Cette prise de position intervient alors que les BRICS, élargis à de nouveaux membres, cherchent à approfondir leur coopération économique et technologique face à la domination des puissances occidentales dans le domaine de l’IA. Le sommet de New Delhi, placé sous le thème de la résilience, de l’innovation et de la durabilité, s’inscrit dans une dynamique de renforcement de l’autonomie stratégique du bloc. L’Afrique du Sud, qui présidera les BRICS en 2026, cherche à y imprimer sa marque en matière de gouvernance technologique et de développement inclusif.
La proposition sud-africaine devra être discutée et validée par les autres membres du groupe. Si elle aboutit, elle pourrait servir de modèle à d’autres instances internationales, notamment les Nations unies, où les débats sur la gouvernance de l’IA progressent lentement. Pour les pays du Sud, l’enjeu est double : peser sur les normes mondiales et éviter que les règles soient dictées par les seuls acteurs technologiques dominants. Le soutien affiché à la proposition chinoise témoigne d’une volonté de construire une alternative aux cadres occidentaux.
Au-delà de la question de l’intelligence artificielle, Cyril Ramaphosa a appelé à renforcer la coopération scientifique et sanitaire au sein des BRICS, notamment dans le développement des vaccins, la surveillance génomique et les capacités de diagnostic. Sur le plan économique, il a soutenu une expansion équilibrée et progressive de la Nouvelle Banque de développement, l’accroissement de l’utilisation des monnaies locales et le renforcement des systèmes de paiement transfrontaliers. Il a également plaidé pour l’intégration des risques climatiques dans les politiques macroéconomiques et pour que la transformation des minerais africains s’effectue au plus près des lieux d’extraction.
En défendant ces positions, l’Afrique du Sud cherche à positionner le continent comme un acteur incontournable des négociations technologiques mondiales. La transformation des ressources naturelles sur place, le financement climatique et le développement des infrastructures figurent parmi les priorités affichées. Reste à savoir si ces ambitions se traduiront par des engagements concrets de la part des autres membres des BRICS, dont les intérêts divergent souvent. La balle est désormais dans le camp des partenaires du groupe.



