Le président Félix Tshisekedi a signé, dimanche 13 septembre 2026, une ordonnance créant un comité préparatoire au dialogue national, une initiative immédiatement rejetée par une partie de l’opposition qui y voit un instrument de contrôle présidentiel.
Le texte signé par le chef de l’État ne convoque pas encore le dialogue proprement dit. Il met en place une structure dont la mission consiste à définir les paramètres fondamentaux de la future rencontre, à évaluer les besoins financiers, techniques, logistiques et sécuritaires, et à formuler des propositions en vue de l’installation d’une commission préparatoire. Mais l’ordonnance place d’emblée ce comité sous l’autorité directe de Félix Tshisekedi, qui nommera le coordonnateur, son adjoint et les membres, désignera les onze experts du secrétariat technique et pourra mettre fin à leurs fonctions. Le comité recevra ses orientations du directeur de cabinet présidentiel et lui rendra compte par notes d’étape, briefings ou rapports. Les modalités de communication publique seront arrêtées par le chef de l’État. Ni la composition du comité, ni les critères de participation, ni le calendrier, ni les thèmes du dialogue ne sont précisés.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte politique congolais durablement marqué par la méfiance entre le pouvoir et l’opposition. Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi à la présidence en 2019, puis sa réélection contestée en 2023, la question du dialogue national revient régulièrement comme un point de friction. L’opposition, divisée mais vigilante, redoute que ce type d’exercice ne serve à légitimer un prolongement du pouvoir ou à contourner les échéances constitutionnelles, notamment la présidentielle prévue en 2028. La défense de l’ordre constitutionnel est devenue le principal mot d’ordre des coalitions hostiles au régime.
Dans les rangs de l’opposition, les réactions ont été immédiates. Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation de l’ancien président Joseph Kabila, a qualifié la signature de l’ordonnance de « non-événement », estimant qu’elle ne traduit aucune volonté réelle de dialoguer pour la paix. La coalition C64, qui rassemble notamment Ensemble pour la République (EPR) de Moïse Katumbi, a également rejeté l’initiative. Son secrétaire général, Dieudonné Bolengetenge, a affirmé que les raisons de la mobilisation prévue mardi 15 septembre contre tout changement de Constitution restaient intactes, ajoutant que le président avait « déjà fait preuve de suffisamment de mauvaise foi pour qu’on ne l’entende plus ». La coalition Lamuka, dirigée par Martin Fayulu, partage cette position. Son porte-parole, Prince Epenge, a dénoncé une ordonnance destinée à démobiliser les Congolais et réclamé un dialogue véritablement inclusif, capable de contribuer à la fin de la guerre et de favoriser la tenue d’élections en 2028. « Nous ne voulons pas d’un cirque », a-t-il déclaré.
La Commission congolaise des droits de l’homme adopte une position plus nuancée. Son président, Paul Nsapu, appelle à des négociations pacifiques, sans violence ni incitation à la violence, et assure que son institution observera le processus et dénoncera d’éventuels abus. Cette prudence institutionnelle contraste avec la défiance des acteurs politiques, mais elle ne masque pas l’essentiel : le comité créé par l’ordonnance reste un organe consultatif placé sous la coupe du président, sans garanties d’inclusivité ni de transparence.
En l’état, rien ne permet d’affirmer que ce dialogue national verra le jour dans des conditions acceptables pour l’opposition. Le pouvoir semble vouloir garder la maîtrise totale de l’agenda, tandis que ses adversaires refusent de participer à un processus dont ils ne fixeraient ni les règles ni les objectifs. La tension devrait persister dans les semaines à venir, à mesure que se préciseront les intentions présidentielles et que se multiplieront les mobilisations hostiles à toute modification de la Constitution. Le dialogue national, censé apaiser le jeu politique congolais, risque au contraire d’en exacerber les fractures.



