Une nouvelle attaque attribuée aux Forces démocratiques alliées (ADF) a fait au moins 37 morts dans le Nord-Kivu, jeudi 5 novembre au soir. Elle illustre la persistance de la menace armée dans l’est de la RDC, malgré cinq années d’opérations militaires conjointes.
Au moins 37 civils ont été tués jeudi 5 novembre au soir dans la localité de Cantiné Aloya, située à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Beni, dans la province du Nord-Kivu. L’attaque, survenue vers 23 heures, est attribuée aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé affilié à l’État islamique. Le bilan a été communiqué par l’armée congolaise (FARDC Nord-Kivu) et confirmé par des sources locales.
Selon les premiers éléments disponibles, les assaillants ont ciblé plusieurs quartiers de cette localité qui abrite un important marché local. Ils ont incendié une cinquantaine de maisons et de commerces, pillé des pharmacies et des centres de santé, avant de se replier vers la forêt. La société civile locale fait état d’un bilan humain très lourd et de nombreux habitants qui ont fui leurs habitations pour trouver refuge dans des localités voisines. Cette attaque est la deuxième attribuée aux ADF en l’espace de trois jours dans la région.
Cette nouvelle attaque intervient cinq ans après le lancement de l’opération Shujaa, menée conjointement par l’armée congolaise et l’armée ougandaise pour venir à bout des groupes armés actifs dans l’est de la RDC. Force est de constater que les combattants ADF restent très actifs dans la région, comme en témoigne cette nouvelle incursion meurtrière. Des observateurs notent même que le groupe se serait dispersé au-delà de son bastion historique de Beni, élargissant ainsi son rayon d’action et compliquant la réponse militaire.
Cette attaque pose avec acuité la question de l’efficacité de la stratégie militaire engagée depuis cinq ans. Si les opérations conjointes FARDC-UPDF ont permis de fragiliser certains réseaux, elles n’ont pas mis fin à la capacité de nuisance des ADF, qui continuent de frapper des civils et de déstabiliser des localités entières. La dispersion du groupe au-delà de Beni laisse présager une extension de la menace vers d’autres territoires du Nord-Kivu, notamment celui de Lubero, où une attaque a déjà été signalée mardi 3 novembre à Maikengu. Les autorités congolaises pourraient être amenées à repenser leur approche, en renforçant la protection des populations civiles et en coordonnant davantage les efforts avec les partenaires régionaux.
Pour les habitants de Cantiné Aloya, l’attaque de jeudi soir s’ajoute à une série d’épisodes de violence qui ont profondément affecté la vie économique et sociale de la région. Le marché local, poumon économique de la localité, a été directement touché, tout comme les structures sanitaires, privant les populations d’un accès déjà limité aux soins. Les déplacements de population qui s’ensuivent aggravént une situation humanitaire déjà précaire dans le Nord-Kivu, où des centaines de milliers de personnes vivent en situation de déplacement forcé. Des acteurs de la société civile appellent à une réponse urgente et coordonnée pour protéger les civils et rétablir un minimum de sécurité dans les zones rurales exposées aux incursions des groupes armés.
La répétition des attaques attribuées aux ADF en dépit des opérations militaires soulève une question de fond : celle de la capacité des forces de sécurité à protéger durablement les populations civiles dans l’est de la RDC. Entre une menace qui se diversifie et des moyens militaires qui peinent à produire des résultats décisifs, la stratégie engagée depuis 2020 mérite une évaluation approfondie. Au-delà du bilan humain, c’est la crédibilité de la réponse sécuritaire régionale qui est en jeu, alors que les civils continuent de payer le prix fort d’un conflit qui s’enlise.



