Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni mardi 9 juin pour examiner la situation en Afrique centrale, un rendez-vous devenu plus rare ces dernières années. Si la sous-région affiche quelques avancées notables, notamment en matière de coopération régionale, l’alerte est ferme : les droits civils et politiques reculent, et les conflits importés menacent la stabilité.
Selon le rapport saisonnier du secrétaire général présenté par Martha Pobee, sous-secrétaire générale pour l’Afrique, plusieurs pays ont franchi des étapes encourageantes, comme la tenue d’élections cruciales ou des progrès dans les réformes institutionnelles. La Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) est citée en exemple, notamment pour son plan stratégique de lutte contre les drogues et ses efforts sur le climat, salués par la France. Pourtant, ce tableau est assombri par des restrictions croissantes des libertés politiques au Cameroun, au Gabon et en République démocratique du Congo.
L’Afrique centrale n’a jamais été un sujet prioritaire du Conseil de sécurité, mais son absence d’agenda ces dernières années est frappante. Cette réunion intervient dans un contexte sous-régional marqué par des transitions politiques difficiles, des fragilités institutionnelles persistantes et une recrudescence des violences non étatiques. Les crises se superposent : déstabilisation liée au conflit soudanais, insurrection de Boko Haram, épidémies récurrentes. L’ONU rappelle que, faute d’une attention internationale continue, ces menaces pourraient s’enraciner durablement.
L’organisation met en garde : une réponse uniquement sécuritaire ne suffira pas. Elle appelle les banques multilatérales de développement à financer des programmes de stabilisation couplant résilience communautaire, alerte précoce et soutien aux populations déplacées. Sans cet appui, la cohésion sociale risque de se fracturer davantage, en particulier au Tchad où plus d’un million de personnes sont déjà affectées par l’afflux soudanais. La pression sur les États fragiles va croître, et l’inaction aurait des conséquences bien au-delà des frontières locales.
La région des Grands Lacs illustre cette vulnérabilité. L’est et le nord du Tchad subissent de plein fouet l’impact du conflit soudanais : 900 000 réfugiés et 300 000 Tchadiens de retour, des ressources exsangues, des tensions intercommunautaires qui montent. Au Cameroun et au Tchad, les civils continuent de payer le prix des attaques de Boko Haram et de groupes dissidents. L’ONU insiste : sans stabilisation économique et réhabilitation politique, les zones grises de la sous-région deviendront des terrains fertiles pour les groupes armés.
Enfin, l’épidémie d’Ebola en RDC demeure une préoccupation majeure, non seulement sanitaire mais aussi politique. Les restrictions des droits, couplées à la défiance envers les autorités, compliquent la réponse humanitaire. L’ONU ne cache pas son regret : plusieurs gouvernements de la sous-région rétrécissent l’espace civique au moment même où ils auraient besoin d’une société civile forte pour faire face aux crises. Un paradoxe lourd de conséquences, que le Conseil de sécurité a choisi de ne pas occulter.



