La New Development Bank (NDB), le bras financier du groupe des BRICS, a validé l’octroi d’un prêt d’un milliard de dollars à l’Afrique du Sud. Ce financement est exclusivement destiné à huit municipalités métropolitaines – de Buffalo City à Tshwane – qui concentrent près de 40 % de la population et l’essentiel de l’activité économique du pays. L’enjeu est clair : endiguer la dégradation accélérée des services urbains de base, dont la vétusté menace à la fois la croissance et la cohésion sociale.
L’argent sera fléché vers trois secteurs critiques : l’approvisionnement en eau et l’assainissement, la production et la distribution d’électricité, ainsi que la gestion des déchets solides. Ces métropoles, qui abritent 22 millions d’habitants, peinent à maintenir des réseaux fonctionnels face à une démographie galopante et à des équipements souvent obsolètes. La NDB justifie ce choix en rappelant son alignement sur les Objectifs de développement durable des Nations unies, en particulier l’ODD 11 (villes durables), tout en contribuant indirectement aux ODD 6 et 7 sur l’eau et l’énergie.
Ce prêt intervient dans un contexte budgétaire tendu. Les investissements publics dans les infrastructures sud-africaines sont passés de 30 % du PIB au début des années 1980 à seulement 15 % en 2022, selon des données officielles. Ce repli historique explique en partie la fragilité actuelle des réseaux électriques, les coupures d’eau récurrentes et l’insalubrité de certains sites de traitement des déchets. La NDB entend ici pallier les carences d’un État qui peine à dégager des marges de manœuvre fiscales, tout en offrant des conditions de prêt plus souples que les marchés financiers traditionnels.
Créée en 2014, la NDB incarne la volonté des pays émergents de peser sur l’architecture financière mondiale. Ses actionnaires – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, rejoints par l’Égypte et l’Algérie – revendiquent une rupture avec les conditionnalités souvent imposées par le FMI ou la Banque mondiale. L’adhésion en cours de l’Éthiopie, bien que non encore finalisée, confirme cette dynamique d’élargissement. La banque de Shanghai se pose ainsi en contre-modèle, avec un discours centré sur les besoins concrets des pays du Sud plutôt que sur des ajustements macroéconomiques standardisés.
Sur le terrain, la mise en œuvre du programme soulève des questions. Les huit municipalités ciblées affichent des capacités de gestion très inégales : Johannesburg et Le Cap disposent d’administrations relativement rodées, tandis que Nelson Mandela Bay ou Mangaung accumulent les retards en matière d’entretien. La NDB devra veiller à ce que les fonds ne se perdent pas dans des circuits administratifs opaques. Par ailleurs, le montant global reste modeste au regard des besoins estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars pour la seule mise à niveau des réseaux électriques.
Si ce prêt peut améliorer les conditions de vie de millions d’habitants et renforcer l’attractivité économique des métropoles, il servira surtout de test grandeur nature pour la NDB. Sa capacité à décaisser rapidement, à suivre l’exécution des projets et à générer un effet de levier sur d’autres investisseurs déterminera sa légitimité à long terme. Pour l’Afrique du Sud, ce milliard est une bouffée d’oxygène, mais pas une solution pérenne : le véritable enjeu reste la reconstitution d’une capacité d’investissement public autonome, condition sine qua non d’un développement inclusif et durable.



