Brazzaville a accueilli mardi 26 mai, en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), une table ronde des bailleurs ayant permis de mobiliser trois milliards de dollars pour le Fonds bleu du Bassin du Congo. Ce mécanisme, créé en 2016, vise à financer des projets prioritaires de préservation des ressources naturelles dans 17 pays d’Afrique centrale et de l’Est. L’objectif affiché est de réunir 5,3 milliards de dollars d’ici à 2028.
Soixante trois projets ont été identifiés comme prioritaires dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture et de l’adaptation aux changements climatiques. Le président congolais Denis Sassou Nguesso, qui dirigeait les travaux en présence de ses homologues centrafricain et gabonais, a salué une première étape décisive. Il a annoncé trois milliards de dollars engagés ainsi que sept mille milliards de francs CFA de fonds de garantie. Les projets retenus devront être mis en œuvre entre 2026 et 2028.
Le Bassin du Congo constitue le deuxième puits de carbone mondial après l’Amazonie, mais il subit une pression croissante liée à la déforestation, à l’exploitation minière et aux conflits armés régionaux. Créé en 2016 à l’initiative de Denis Sassou Nguesso, le Fonds bleu vise à inverser cette tendance en finançant une économie verte et résiliente. Les institutions engagées lors de la table ronde incluent la BAD, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), agence fiduciaire du Fonds, ainsi que le Fonds de solidarité africaine.
Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a insisté sur le basculement de regard nécessaire : le Bassin du Congo ne doit plus être considéré comme une périphérie écologique, mais comme un centre stratégique de stabilité climatique mondiale. Cette mobilisation financière intervient alors que la BAD affiche un optimisme mesuré sur les perspectives économiques du continent. Selon son rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 », la croissance africaine atteindrait 4,2 % en 2026, portée par l’agriculture, les matières premières et certaines réformes structurelles.
Des disparités régionales importantes subsistent. L’Afrique de l’Est mène la marche avec 5,9 % de croissance attendue en 2026, devant l’Afrique de l’Ouest à 4,7 %. L’Afrique centrale progresserait de 3,8 %, soutenue par les revenus pétroliers, tandis que l’Afrique australe resterait à la traîne avec 2,1 %, freinée par le recul de la production minière et la hausse des coûts de l’énergie. La BAD met en garde contre une inflation encore élevée, estimée à 10,4 % pour l’ensemble du continent.
L’institution bancaire appelle les États africains à renforcer la mobilisation des ressources internes ainsi que les partenariats public privé. Dans le cas du Fonds bleu, le défi ne sera pas seulement financier. Il résidera dans la capacité des pays concernés à transformer ces annonces en projets concrets, transparents et inclusifs, à l’abri des détournements et des conflits d’intérêts. Sans gouvernance exemplaire, ces trois milliards de dollars ne resteront qu’un vœu pieux.



