Le milliardaire marocain Anas Sefrioui a cédé son unique cimenterie en France, une usine intégrée située dans le sud du pays. Cette vente, confirmée par Africa Business Plus, acte un désengagement total du groupe CIMAF du marché européen et recentre toute sa stratégie industrielle sur l’Afrique.
L’opération n’est pas anecdotique. Elle traduit une logique d’arbitrage assumée entre un actif isolé en Europe et un réseau africain en pleine expansion. Sefrioui, qui contrôle également le promoteur immobilier Addoha, mise sur les marchés où la demande en ciment croît plus vite que l’offre locale. La cimenterie française, devenue difficile à rentabiliser, n’avait plus sa place dans un groupe désormais tourné vers l’ouest et le centre du continent.
Le secteur cimentier européen subit de plein fouet la hausse des coûts de l’énergie, le durcissement des normes environnementales de l’Union européenne et un ralentissement de la construction. La production de clinker, composant essentiel du ciment, figure parmi les procédés les plus émetteurs de CO₂. S’y conformer exige des investissements lourds que CIMAF a préféré ne pas engager sur un marché où ses marges étaient déjà sous pression.
À l’inverse, les perspectives africaines restent solides. Urbanisation rapide, croissance démographique, besoin massif en logements et en infrastructures : la demande en ciment devrait continuer d’augmenter sur le continent. La Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait en outre fluidifier les échanges de matériaux et renforcer la compétitivité des acteurs installés localement. CIMAF entend capitaliser sur ces dynamiques sans être ralenti par un actif européen devenu secondaire.
Lancé en 2011, le réseau CIMAF s’est déployé en moins de quinze ans dans une dizaine de pays : Côte d’Ivoire, Cameroun, Guinée, Gabon, Burkina Faso, Tchad, Congo. Son modèle repose sur l’implantation d’unités de production à proximité des chantiers, là où la concurrence locale est encore faible. Cette approche, combinée aux synergies avec le groupe Addoha spécialisé dans le logement social, permet à Sefrioui de maîtriser toute la chaîne, de la fabrication du ciment à la construction.
Forbes estimait la fortune d’Anas Sefrioui à environ 1,3 milliard de dollars en 2026, en repli par rapport aux années précédentes. Le ralentissement du marché immobilier marocain, conjugué à la hausse des taux d’intérêt, a pesé sur les comptes d’Addoha. La vente de l’actif français n’est donc pas seulement une manœuvre industrielle. Elle apporte aussi de la liquidité dans un contexte où le groupe recentre ses capitaux sur ses zones à plus forte rentabilité, c’est‑à‑dire l’Afrique subsaharienne.



