Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a annoncé vendredi 3 juillet la création prochaine de son propre parti politique. Cette déclaration, faite devant plus de 300 maires de sa coalition réunis au Palais de la République, officialise une rupture consommée avec Ousmane Sonko et le Pastef, le mouvement qui les avait portés au pouvoir. Elle intervient alors que l’Assemblée nationale vient d’adopter une réforme constitutionnelle qui pourrait interdire au chef de l’État de diriger une formation politique.
Devant les édiles locaux venus des quatorze régions du pays, Bassirou Diomaye Faye a justifié cette décision par la nécessité d’aller vers une « unité plus organique » des forces qui le soutiennent. Il a chargé Aminata Touré, superviseure générale de sa coalition Diomaye Président, de piloter un comité de réflexion chargé de préparer, dans les meilleurs délais, les statuts et les fondements de cette future structure. La coalition qui avait porté sa candidature victorieuse en 2024 voit ainsi son avenir suspendu à cette nouvelle configuration.
Cette annonce met un point final à des mois de tension entre les deux anciens alliés. Cofondateur du Pastef en 2014 aux côtés d’Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye en reste encore, pour l’instant, le président d’honneur. Mais la brouille entre les deux hommes, alimentée par des divergences stratégiques et une lutte d’influence sourde, n’avait cessé de s’amplifier depuis l’élection présidentielle. Le Pastef, devenu machine de guerre électorale, se retrouve désormais face à son premier grand schisme depuis son accession au pouvoir.
Un autre enjeu de taille vient complexifier ce calendrier politique. Lundi 29 juin, les députés Pastef ont voté une réforme constitutionnelle prévoyant l’incompatibilité entre la fonction présidentielle et la direction d’un parti. Le chef de l’État a d’ores et déjà annoncé son intention de soumettre ce texte à référendum. Si cette réforme était adoptée par les urnes, elle contraindrait Diomaye Faye à choisir entre sa fonction et son nouveau parti, à moins que le référendum ne devienne lui-même un levier de mobilisation politique pour clarifier les rapports de force.
La création de ce parti propre, en plus de marquer une émancipation politique, répond à une logique de consolidation du pouvoir. En s’affranchissant de la tutelle de Sonko, le président entend asseoir sa légitimité personnelle et bâtir une machine politique qui lui soit entièrement dévouée. Mais cette manœuvre comporte des risques : elle fragilise l’unité de la mouvance présidentielle à un moment où l’opposition commence à se reconstruire et où les attentes sociales, notamment en matière d’emploi et de pouvoir d’achat, restent immenses.
Pour les maires réunis au Palais, cette annonce est aussi un signal fort : ils devront choisir leur camp dans une recomposition qui s’annonce. Certains élus locaux, interrogés en marge de la rencontre, ont exprimé leur soutien à la démarche du président, tout en mesurant les conséquences d’une rupture avec le Pastef, qui conserve une assise militante solide. Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer la capacité de Diomaye Faye à fédérer au-delà de son cercle rapproché et à transformer cette annonce en une véritable force politique durable.



