Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a reçu mardi à Dakar l’émissaire de l’Union africaine pour le Sahel, Mamadou Tangara. Au cœur des échanges : la dégradation sécuritaire et politique dans la région, alors que la fracture entre la Cédéao et l’Alliance des États du Sahel (AES) persiste. Une rencontre discrète, mais politiquement lourde de sens.
Les discussions ont porté sur les initiatives en faveur de la stabilité et du renforcement de la coopération régionale, selon la présidence sénégalaise. Si aucun détail opérationnel n’a filtré, le choix de recevoir Tangara, ancien ministre gambien et figure diplomatique rodée aux crises ouest africaines, signale une volonté dakaroise de ne pas laisser le vide diplomatique s’installer. Faye, élu sur un discours de souveraineté et de rupture, semble ici adopter une posture plus pragmatique que celle de ses prédécesseurs.
Ce tête à tête s’inscrit dans une séquence diplomatique dense. En avril, à Lomé, des consultations informelles entre responsables de l’AES et représentants de la Cédéao ont esquissé des pistes de coopération sur les corridors de transport et la sécurité. Quelques jours plus tard, à Cotonou, le nouveau président béninois a réaffirmé son engagement pour une coopération régionale renforcée, en présence de délégations sahéliennes. Autant de signaux faibles mais convergents : la sous région tente de colmater les brèches ouvertes par les départs du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao.
Reste à savoir si ces initiatives aboutiront à une vraie recomposition diplomatique. L’AES, dirigée par des régimes militaires hostiles à la Cédéao, exige des garanties sécuritaires et une refonte des mécanismes de coopération. De son côté, la Cédéao, affaiblie et en pleine révision de ses instances, peine à proposer une alternative crédible. Dakar, qui n’a jamais rompu les ponts avec les pays de l’AES, pourrait jouer un rôle de facilitateur discret. Mais à une condition : que Faye ose dépasser les postures et engage des discussions concrètes, loin des communiqués de façade.
L’un des angles morts de ces échanges reste la dimension économique. Les pays de l’AES sont enclavés. Leurs échanges transitent encore par les ports de Lomé, Cotonou ou Dakar. Sanctionner ou isoler ces régimes reviendrait à asphyxier des populations déjà précarisées par la guerre et la famine. C’est cette réalité brutale que Tangara rappelle à chaque étape de sa mission. Et c’est peut être la seule vérité qui peut encore sauver une coopération réginale au bord de l’implosion.
Un diplomate ouest africain, sous couvert d’anonymat, confie : « On parle beaucoup de dialogue, mais sur le terrain, les patrouilles conjointes ont cessé, le partage de renseignement est quasi nul. La médiation de Faye ne servira à rien si elle reste symbolique. » Autrement dit, le temps n’est plus aux déclarations de principe. Le Sahel brûle, les routes commerciales se rétrécissent, et les populations paient l’addition d’une guerre diplomatique que les chefs d’État entretiennent parfois autant qu’ils dénoncent.



