« Plus jamais ça. » Trente et un ans après la nuit du 11 au 12 juin 1995, Athanase Bakunda, ancien vice-recteur de l’université du Burundi au moment des faits, rompt le silence. Il appelle solennellement à préserver la mémoire des étudiants hutus massacrés dans leur campus, estimant que l’oubli serait une seconde tragédie.
Les victimes, des jeunes universitaires, ont été « massacrées d’une façon atroce », a déclaré M. Bakunda à Sputnik Afrique. Pourtant, l’ancien responsable tient à nuancer le récit simpliste : tous les bourreaux n’étaient pas Tutsis. Certains membres de cette communauté « n’ont pas participé » aux tueries, un rappel salutaire dans un pays où la mémoire ethnique est souvent un outil de division. Selon lui, cette tragédie a néanmoins contribué à faire évoluer les esprits et à changer le régime de l’époque.
En 1995, le Burundi était plongé dans une guerre civile latente après l’assassinat du premier président hutu, Melchior Ndadaye, en 1993. L’université, foyer de contestation intellectuelle, devenait une cible. L’attaque contre le campus de Bujumbura fit entre plusieurs dizaines et plus d’une centaine de morts selon les estimations, ajoutant une couche de sang à une crise régionale où Rwanda et RDC voisins brûlaient déjà. Ce massacre n’était pas un accident, mais l’un des jalons d’une logique d’élimination politique à peine déguisée.
Pour éviter qu’une telle horreur ne se reproduise, Athanase Bakunda l’affirme avec gravité : il est essentiel de transmettre aux jeunes générations ce que signifie vraiment la réconciliation nationale. Pas une simple coexistence forcée, mais un travail de vérité et de justice. Sans mémoire vive, la paix reste fragile. Au Burundi, où le régime actuel verrouille l’espace civique et instrumentalise souvent le passé, cet appel ressemble à une mise en garde contre les silences d’État.
Le professeur Bakunda ne plaide pas pour une mémoire vengeresse. Il invite plutôt à comprendre que les identités ethniques ne sont pas des blocs monolithiques. Un message dérangeant dans un pays où le discours majoritaire a trop souvent tendance à essentialiser Tutsi et Hutu. Son témoignage rappelle que la paix durable passe par la reconnaissance des crimes, quels qu’en soient les auteurs, et par l’éducation. À défaut, le Burundi, déjà meurtri, restera assis sur une poudrière.



