Le conseil municipal de Southwark, dans le sud de Londres, a repris possession d’un logement social de deux chambres loué par Fatima Jabbe‑Bio, épouse du président sierra‑léonais Julius Maada Bio. Cette décision intervient après une enquête d’un an visant à déterminer si l’appartement de Walworth constituait toujours sa résidence principale, une condition essentielle du bail social britannique. La First Lady, qui occupe depuis 2018 la résidence présidentielle de Freetown, nie toute irrégularité.
Les règles de Southwark imposent aux locataires d’un logement social d’y vivre à titre principal et de signaler tout absence prolongée au‑delà de 42 jours consécutifs. Selon le rapport du Guardian UK, l’enquête menée par l’équipe de lutte contre la fraude locative n’a pas révélé de sanction pénale ni d’amende à l’encontre de Jabbe‑Bio. Le conseil municipal, par la voix de son élu Reginald Popoola, se borne à confirmer la reprise du bien, qui sera réattribué à un ménage en attente sur liste sociale. Aucune précision n’est donnée sur une éventuelle reddition volontaire du bail.
Fatima Jabbe‑Bio, 46 ans, a obtenu ce bail en 2007, bien avant l’accession de son mari à la présidence. Arrivée au Royaume‑Uni en 1996 comme demandeuse d’asile pour échapper à un mariage forcé, elle y a construit une carrière dans le cinéma et la mode. Le couple s’est rencontré à Londres en 2012, alors que Julius Maada Bio préparait sa première campagne électorale. Depuis la victoire de 2018, renouvelée en 2023, ils résident à la Presidential Lodge, une demeure d’État dotée de piscine, courts de tennis et héliport. La First Lady affirme avoir toujours payé son loyer londonien et maintenu des attaches familiales au Royaume‑Uni, ses enfants étant citoyens britanniques.
Cette affaire met sous pression un système de logement social déjà exsangue. En Angleterre, 1,34 million de foyers étaient inscrits sur les listes d’attente fin mars 2025, un record depuis 2014. Rien qu’à Southwark, plus de 18 000 ménages attendent un logement et environ 4 000 vivent en hébergement temporaire, certains depuis plus de cinq ans. Face à la pénurie, les collectivités durcissent leurs contrôles : Southwark a ainsi récupéré 107 habitations en deux ans pour suspicion de fraude. Le cas Jabbe‑Bio pourrait servir de précédent pour d’autres personnalités politiques étrangères détenant des logements sociaux britanniques sans y résider réellement.
L’appartement de Walworth se situe sur une rue calme à moins de trois kilomètres du centre de Londres. Selon le Telegraph, un bien comparable s’y vendrait environ 385 000 livres sterling, et une location privée dépasserait 2 300 livres par mois. Le loyer social payé par Jabbe‑Bio n’a pas été divulgué, mais il est nécessairement inférieur au prix du marché. Aucun élément ne laisse penser que la reprise du logement ait été discriminatoire, la loi britannique interdisant toute distinction fondée sur la race, la nationalité ou l’origine ethnique. Le débat reste strictement contractuel : la First Lady a‑t‑elle cessé de faire de ce logement sa résidence principale ? La réponse, même sans poursuites pénales, fragilise l’image d’une épouse de chef d’État utilisant un bien public destiné aux plus démunis.



