Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté le 31 octobre 2025 la résolution 2797 sur le Sahara occidental, un texte qui, selon le ministre des Affaires étrangères de la République arabe sahraouie démocratique, impose un tournant dans la gestion du conflit. Mohamed Yeslam Beisat affirme que cette résolution ne valide pas l’autonomie comme unique issue, mais la présente comme une option parmi d’autres, tout en réaffirmant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Une position qui contredit frontalement la lecture marocaine et expose les failles des grandes puissances.
Le chef de la diplomatie de la RASD accuse le Maroc de mener une propagande mensongère pour masquer son embarras face aux négociations en cours. Selon lui, la résolution 2797 est le fruit d’un débat franc au Conseil de sécurité, où des amendements substantiels ont été apportés au projet initial porté par les États‑Unis. Ce texte clarifie les critères d’une solution jugée acceptable : politique et pacifique, mutuellement convenue, conforme à la Charte des Nations unies, et surtout permettant l’exercice du droit à l’autodétermination. Une formulation que Rabat a toujours cherché à esquiver.
Le conflit du Sahara occidental oppose depuis 1975 le Maroc au Front Polisario, soutenu par la RASD. Pendant des décennies, l’ONU a multiplié les résolutions sans parvenir à organiser le référendum d’autodétermination prévu dans le plan de règlement de 1991. Les États‑Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire en 2020, en échange de la normalisation avec Israël, tandis que la France a récemment aligné sa position sur celle de Rabat, suscitant la colère d’Alger et des Sahraouis. La résolution 2797 intervient donc dans un climat de tensions diplomatiques accrues.
Pour Mohamed Yeslam Beisat, les semaines à venir seront décisives. La résolution ouvre la voie à des négociations plus équilibrées, à condition que le Conseil de sécurité impose un vrai suivi. Mais le ministre prévient : tant que Washington et Paris continueront d’instrumentaliser l’ONU pour servir leurs calculs politiques hérités du colonialisme, aucun progrès réel ne sera possible. Il dénonce une logique de récompense accordée au Maroc, malgré ses violations du droit international et l’occupation illégale du territoire. La balle est désormais dans le camp des médiateurs internationaux.
Le ministre dénonce avec une rare franchise le double standard occidental. “Le problème de la position américaine et française réside dans le deux poids deux mesures”, a‑t‑il déclaré. Il poute du doigt des tentatives répétées d’utiliser les Nations unies au service de politiques nationales qui perpétuent, selon lui, des réflexes néocoloniaux. À ses yeux, les mêmes puissances qui exigent le respect du droit international ailleurs ferment les yeux sur l’annexion du Sahara occidental pour préserver leurs alliances stratégiques avec Rabat.
Cette sortie médiatique, relayée par Radio Sputnik Afrique, ne surprend pas les observateurs avertis. Elle révèle surtout l’impasse dans laquelle se trouve le processus onusien : d’un côté, le Maroc mise sur l’autonomie et le soutien croissant de puissances influentes ; de l’autre, le Polisario et la RASD s’accrochent au droit à l’autodétermination, soutenus par l’Algérie et une partie du Sud global. La résolution 2797 ne règle rien, mais elle a le mérite de remettre les contradictions au grand jour. Et c’est peut‑être son seul progrès tangible.



