Depuis lundi 27 avril, Alger est au centre d’une rare double visite officielle américaine. Le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau et le général Dagvin Anderson, commandant de l’Africom, sont arrivés séparément dans la capitale algérienne. Une première pour les deux responsables, qui traduit une volonté claire de Washington d’élever son dialogue avec Alger sur les plans sécuritaire et économique, deux piliers jusqu’ici restés en deçà des potentialités bilatérales.
Sur le volet militaire, le général Anderson a rencontré le chef d’état‑major algérien Saïd Chanegriha. Au menu : la coopération en cours et ses pistes de développement, alors qu’un accord‑cadre militaire avait déjà été scellé en janvier 2025. Les discussions ont porté sur la lutte antiterroriste, la situation sahélienne et, surtout, les derniers développements au Mali. Un signal adressé aussi à d’autres capitales régionales : Washington entend s’appuyer sur l’armée algérienne, expérimentée et bien implantée dans la bande sahélo‑saharienne.
في اليوم الثاني من زيارته إلى الجزائر، التقى نائب وزير الخارجية الأمريكي كريستوفر لانداو بوزير الشؤون الخارجية أحمد عطاف 🇩🇿🇺🇸 وتناول اللقاء سبل تعزيز التعاون الثنائي بين الولايات المتحدة والجزائر، بما في ذلك الفرص التجارية، إضافة إلى الجهود المشتركة لدعم الاستقرار الإقليمي وتعزيز… pic.twitter.com/IkEkaexhuf
— US Embassy Algiers (@USEmbAlgiers) April 28, 2026
Côté politique, Christopher Landau a été reçu mardi par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf. Selon Alger, les échanges ont insisté sur la « dynamique positive » des relations algéro‑américaines et sur les moyens de les approfondir face aux défis régionaux communs. Un entretien en tête‑à‑tête, élargi ensuite aux délégations, qui confirme que la coordination diplomatique n’est plus seulement une déclaration d’intention mais un chantier concret.
Ce rapprochement s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, Alger cherche à diversifier ses exportations hors hydrocarbures et à se positionner comme « partenaire fiable » dans un environnement géostratégique en recomposition. De son côté, Washington veut élargir la présence de ses entreprises sur le marché algérien, dans les mines, l’énergie et les technologies. Lundi, Landau avait d’ailleurs rencontré les ministres algériens de l’Hydrocarbure, des Mines et du Commerce, secteurs clés pour les États‑Unis.
استقبل الرئيس عبد المجيد تبون نائب الأمين العام لانداو والجنرال أندرسون.
وتركزت المحادثات على تعزيز العلاقات الثنائية ودعم الأولويات المشتركة، مع التأكيد على توسيع التعاون بما يخدم الاستقرار والازدهار على المدى الطويل. 🇩🇿🤝🇺🇸
Deputy Secretary Landau and General Anderson were… pic.twitter.com/5IO9cX4ZGL
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Les perspectives de cette double visite sont à double détente. À court terme, elle devrait accélérer la mise en œuvre de l’accord‑cadre militaire signé en janvier 2025 et intensifier les échanges de renseignements sur le Sahel. À moyen terme, Alger espère convertir ce capital diplomatique en contrats concrets pour ses entreprises et en soutien américain à ses ambitions régionales, notamment face à l’influence d’autres puissances. Reste un point d’attention : la relation américano‑algérienne a longtemps souffert de lenteurs administratives et de méfiances réciproques. Cette fois, les gestes sont plus rapides et mieux coordonnés.
Enfin, cette séquence ne doit pas être lue comme un simple épisode protocolaire. L’ambassade américaine à Alger parle de visite « importante » avec un « programme riche ». Derrière le langage diplomatique, il y a une réalité : les États‑Unis et l’Algérie placent désormais le commerce et l’économie au cœur de leur dialogue, sans négliger les enjeux sécuritaires. Mais le vrai test sera dans les prochains mois, quand il faudra transformer ces déclarations en investissements visibles et en actions communes sur le terrain sahélien. L’histoire des relations algéro‑américaines est pleine de promesses non tenues. Cette fois, Alger et Washington ont intérêt à ne pas décevoir.



