Ce 11 septembre, Yemi Alade publie « It’s Yemi Alade », son septième album studio. Seize titres qui surviennent deux ans après « Rebel Queen » et confirment que la chanteuse nigériane, révélée mondialement par « Johnny », entend bien rester l’une des figures majeures de l’afropop. Le disque, dont le titre a été choisi par ses fans après un appel à propositions sur les réseaux sociaux, revendique une identité plurielle plutôt qu’une réinvention. La chanteuse retrouvera par ailleurs son public parisien le 26 septembre à La Cigale.
« It’s Yemi Alade » ne se présente pas comme une simple collection de singles, mais comme une démonstration de liberté créative, enregistrée sur trois ans. La guitare y sert de fil conducteur, circulant entre afropop, highlife, rumba, r’n’b et house. La chanteuse résume elle-même le projet, dans un entretien accordé à Beatroute Media, comme un mélange de « quelque chose d’ancien, de nouveau et d’emprunté » : retour aux racines du highlife, expérimentation du talk-rap, incursions dans la disco ou l’électro. Les collaborations se multiplient, de Ferré Gola sur « Coco na Yam » à Don Jazzy sur « Ala Bekee », en passant par le Kenyan Bien, les Kenyanes Sofiya Nzau et Njerae, Singuila, Teni ou encore Jeriq. Les langues, les rythmes et les invités circulent sans que l’ensemble ne paraisse artificiellement juxtaposé.
Née dans le sud-est du Nigeria au sein d’une fratrie de sept enfants, Yemi Eberechi Alade grandit à partir de l’adolescence à Lagos. Fille d’un père yoruba et d’une mère igbo, elle forge son oreille entre Whitney Houston et la juju music de King Sunny Adé. Ses débuts interviennent à 16 ans, dans le groupe Noty Spice ; quatre ans plus tard, sa victoire au Peak Talent Show lui ouvre les portes du professionnalisme et du label Effyzzie Music. Il lui faudra encore quatre ans, une dizaine de singles et plusieurs obstacles, jusqu’à envisager d’abandonner la musique pour exercer comme géographe, avant que « Johnny » ne change la donne. Le titre, fuité avant sa sortie officielle, devient un phénomène international : son clip fait d’elle la première artiste féminine nigériane à dépasser les 100 millions de vues sur YouTube. Suivront « King of Queens » en 2014, « Mama Africa » en 2016, « Black Magic » en 2017, « Woman of Steel » en 2019, « Empress » en 2020 et « Rebel Queen » en 2024, ainsi que deux titres de meilleure artiste féminine aux MTV Africa Music Awards en 2015 et 2016.
Au-delà du Nigeria, son parcours s’est étendu à l’échelle du continent et au-delà. En 2019, elle apparaît sur « The Lion King: The Gift » de Beyoncé, avec « Don’t Jealous Me » et « My Power », avant de collaborer avec Rick Ross, Angélique Kidjo, Bomba Estéreo ou Sauti Sol. Elle prête également sa voix à la Coupe d’Afrique des nations 2023 avec « Akwaba », aux côtés de Magic System et Mohamed Ramadan. Cette ouverture linguistique, de l’anglais au yoruba, à l’igbo, au français et au swahili, est devenue sa marque de fabrique. « It’s Yemi Alade » prolonge cette logique à l’échelle d’un disque entier.
Le disque s’ouvre sur « Alhaja », afropop dansante et presque épique, portée par une production grandiloquente, avant que « Coco na Yam » n’intègre la rumba congolaise de Ferré Gola. « Owa » constitue le sommet de l’album : guitare très présente, mélancolie légère, chœurs revenant comme une vague et solos instrumentaux en arrière-plan, le morceau condense la richesse du projet sans perdre son efficacité dansante. « Minister of Enjoyment » détourne ensuite une introduction presque classique vers un afrobeat électrique, avant que « Don’t Be Shy », avec le Kenyan Bien, n’adoucisse l’ensemble. La seconde moitié élargit encore le spectre, de « Titanium », pop sans frontières, à « Earth Song », house mystérieuse et progressive avec Sofiya Nzau et Njerae, en passant par « Paradise », qui convoque le r’n’b francophone de Singuila sur un afrobeat aux airs de coucher de soleil. « Away », avec Teni, et « Overtake », avec Jeriq, poursuivent ce jeu de croisements où le rap rencontre des solos de guitare électrique.
« It’s Yemi Alade » n’a rien d’un bilan. L’album rappelle plutôt qu’après plus de dix ans de carrière, l’une des grandes architectes de l’afropop contemporaine peut encore élargir son terrain de jeu sans perdre son centre de gravité. La production, souvent virtuose, les harmonies épaisses et les chœurs omniprésents témoignent d’une maîtrise acquise au fil des albums. Surtout, la chanteuse ne donne jamais l’impression de juxtaposer des influences pour fabriquer artificiellement un objet panafricain : les langues, les rythmes et les invités circulent naturellement dans un même ensemble. C’est précisément là que réside la force de ce septième opus, qui regarde autant vers ses racines que vers l’avenir.



