Maurice rompt ses relations diplomatiques avec les Maldives. C’est une décision radicale qu’a prise Port-Louis vendredi 27 février, en réaction aux provocations répétées de Malé concernant l’avenir de l’archipel des Chagos. En contestant ouvertement la souveraineté mauricienne sur ce territoire et en s’opposant à l’accord de rétrocession en cours de négociation avec Londres, le gouvernement maldivien a franchi une ligne rouge que le vice-Premier ministre mauricien, Paul Bérenger, qualifie désormais d’« inacceptable ».
La rupture, effective immédiatement, est présentée par le chef de la diplomatie mauricienne, Ritesh Ramful, comme un « message clair » adressé à la communauté internationale. Au-delà de la simple suspension des relations bilatérales, il s’agit pour Port-Louis d’afficher une fermeté sans faille sur un dossier qui touche au cœur de son intégrité territoriale. Selon les autorités, cette décision a été prise « après mûre réflexion », face à une ingérence jugée de plus en plus intolérable de la part de Malé.
Ce contentieux ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans la longue bataille diplomatique menée par Maurice pour faire reconnaître ses droits sur l’archipel des Chagos, dont la principale île, Diego Garcia, abrite une base militaire stratégique américano-britannique. L’ancien ministre des Affaires étrangères mauricien, Nando Bodha, rappelle que les Maldives ont toujours adopté une position défavorable à Maurice sur ce dossier. Dès 2019, Malé faisait partie de la poignée de nations – six exactement – ayant voté contre la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies exigeant le retrait de l’administration britannique des Chagos.
Aujourd’hui, le contentieux prend une nouvelle dimension. Pour Port-Louis, la position maldivienne ne se limite plus à un simple vote contraire à l’ONU. Elle est perçue comme un alignement actif sur les opposants à l’accord de rétrocession en cours de finalisation avec le Royaume-Uni. En revendiquant elle-même une forme de souveraineté sur l’archipel ou en en contestant l’attribution à Maurice, Malé est accusée de saboter délibérément les négociations en cours et de nuire aux intérêts mauriciens.
Si la décision de Maurice est sans équivoque, elle soulève des questions sur l’avenir des équilibres régionaux. L’océan Indien est un espace maritime de plus en plus convoité, où les alliances se recomposent rapidement. En attendant une éventuelle réaction des Maldives, qui sont restées silencieuses pour l’instant, cette crise diplomatique illustre la tension croissante autour des enjeux de souveraineté. Elle rappelle que, pour les petits États insulaires, la défense de l’intégrité territoriale reste un combat de tous les instants, susceptible de redessiner à tout moment la carte des alliances régionales.



