Cinq mandats, quarante-deux ans de pouvoir et une opposition qui renonce à jouer le jeu : le Congo se rend aux urnes ce dimanche dans un climat de quasi-indifférence politique. Denis Sassou Nguesso, 82 ans, aborde cette élection présidentielle en position d’ultra-favori, face à des adversaires sans poids électoral et en l’absence des principaux partis d’opposition, qui ont choisi de boycotter un processus qu’ils jugent verrouillé.
Le chef de l’État sortant, au pouvoir sans discontinuer depuis 1979 (hors parenthèse entre 1992 et 1997), brigue un nouveau quinquennat à la faveur d’une Constitution adoptée en 2015 qui lui a permis de se représenter puis de repartir pour un mandat de cinq ans en 2021. Pour l’emporter dès le premier tour, il lui faudra réunir plus de 50 % des suffrages exprimés. En cas de second tour, celui-ci serait organisé dans les trois semaines. Mais l’hypothèse d’une véritable confrontation électorale semble, cette année encore, plus que lointaine.
Le scrutin met en présence six autres candidats, dont la plupart incarnent une opposition marginale ou symbolique. Figurent notamment Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, candidat pour la quatrième fois mais dont le meilleur score plafonne à 7,46 %, ou Anguios Nganguia Engambé, qui n’a jamais dépassé les 0,3 % des voix. À leurs côtés, trois nouveaux venus tentent une entrée en politique par l’urne : Mabio Mavoungou-Zinga, Destin Gavet et Vivien Romain Manangou, ce dernier étant enseignant en droit et candidat indépendant. Aucun d’eux ne dispose de moyens, de notoriété ou d’un appareil partisan suffisant pour inquiéter le chef de l’État.
Le déséquilibre du scrutin est encore accentué par l’absence de deux formations majeures : l’Union panafricaine pour la démocratie sociale et l’Union des démocrates et humanistes. Ces dernières ont refusé de présenter un candidat, dénonçant l’absence de conditions garantissant un scrutin libre et transparent. Un choix qui prive l’élection de toute véritable confrontation d’idées et réduit le vote à une formalité administrative, dans un pays où la société civile et une partie de la classe politique dénoncent régulièrement le verrouillage de l’espace démocratique.
Sans programme officiel publié à ce jour, Denis Sassou Nguesso a multiplié ces dernières semaines les rencontres avec ses électeurs, articulant son discours autour de promesses déjà entendues lors des précédentes campagnes : relance de la croissance économique, grands chantiers d’infrastructure, mécanisation de l’agriculture, développement de l’éducation et du tourisme, ou encore création d’emplois pour la jeunesse. Autant d’engagements dont la crédibilité se heurte à la réalité d’une économie toujours convalescente, très dépendante des hydrocarbures et marquée par une pauvreté persistante.
Ce nouveau mandat, s’il est confirmé par les urnes, fera de Denis Sassou Nguesso le chef d’État en exercice à la plus longue longévité au monde, derrière Paul Biya au Cameroun et Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale. Mais au-delà du symbole, c’est bien la question de l’alternance et de la vitalité démocratique au Congo qui se pose une nouvelle fois. En tournant le dos aux urnes, l’opposition prend le risque de l’impuissance tout en dénonçant l’absence d’espace. Le pouvoir, lui, s’apprête à remporter une élection sans débat ni suspense, dans un pays où la mécanique électorale semble depuis longtemps rodée à l’absence de surprises.



