En faisant du Botswana le pays invité d’honneur du Salon international des ressources extractives et énergétiques (SIREXE) qui s’est ouvert le 23 mars à Abidjan, la Côte d’Ivoire envoie un signal stratégique clair. Ce choix n’est pas anodin : il officialise la volonté ivoirienne de s’inspirer de l’un des modèles africains les plus aboutis en matière de gouvernance minière. Derrière l’hommage protocolaire se dessine une ambition de fond, celle de rompre avec la logique de simple extraction pour bâtir une filière génératrice de valeur ajoutée locale, à l’image de ce que Gaborone a réussi à construire depuis son indépendance.
La ministre botswanaise des Minéraux a posé les termes de ce partenariat lors de son intervention, saluée par les participants. Selon elle, l’Afrique possède toutes les ressources nécessaires pour transformer ses économies, mais bute encore sur deux faiblesses structurelles : un déficit d’infrastructures adaptées et une gouvernance trop souvent opaque. Le Botswana incarne la réponse inverse. Grâce à une stabilité politique à toute épreuve et à une gestion rigoureuse des revenus extractifs, le pays a su construire des partenariats public-privé qui préservent ses intérêts nationaux. Il est régulièrement classé parmi les juridictions les plus attractives pour l’investissement minier par le Fraser Institute, et a quitté la catégorie des pays les moins avancés dès 1994 pour intégrer celle des économies à revenu intermédiaire supérieur.
Pour la Côte d’Ivoire, ce rapprochement intervient à un moment charnière. Longtemps portée par l’agriculture, l’économie ivoirienne amorce un tournant structurant avec la montée en puissance de son potentiel extractif et énergétique. Sous l’impulsion du président Alassane Ouattara, l’enjeu n’est plus seulement de produire, mais de structurer une filière capable de générer de la valeur sur place. Le lancement de la Politique intégrée des ressources extractives et énergétiques (PIRME) incarne cette volonté de sortir de la simple captation de rente pour articuler exploitation des ressources, développement des infrastructures et accès à une énergie fiable.
La convergence stratégique entre Abidjan et Gaborone repose sur un objectif commun : dépasser le modèle extractif traditionnel pour imposer la transformation locale comme nouveau paradigme continental. Cet objectif implique des choix lourds, que les deux pays assument. Il s’agit d’investir massivement dans les infrastructures, de bâtir des chaînes de valeur industrielles, mais aussi d’intégrer les communautés locales dans les retombées économiques. À l’heure où les chaînes d’approvisionnement mondiales sont soumises à des tensions croissantes, cette coopération Sud-Sud pourrait devenir un levier décisif pour renforcer la souveraineté énergétique et minière de l’Afrique face à la concurrence internationale.
L’ambition affichée par le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, est à la hauteur de ce diagnostic. Il entend faire des récentes découvertes du sous-sol ivoirien un véritable levier de développement endogène, et non une simple manne financière. Dans son intervention, il a insisté sur un impératif devenu central dans un contexte international incertain : la sécurisation des chaînes énergétiques. La Côte d’Ivoire, encore en phase de montée en puissance, a ainsi formalisé sa volonté de faire émerger un secteur extractif capable de soutenir une croissance plus forte, mais aussi plus inclusive, en créant des effets d’entraînement dans l’ensemble de l’économie.
Le modèle botswanais ne se résume toutefois pas à ses performances macroéconomiques. Sa véritable singularité réside dans la valorisation locale des ressources et la gestion prudente des recettes, des piliers qui permettent d’associer les citoyens aux projets miniers. Si Abidjan parvient à transposer cette rigueur institutionnelle à son propre contexte, tout en capitalisant sur sa dynamique économique régionale, le partenariat noué autour du SIREXE pourrait bien devenir un cas d’école pour les pays africains cherchant à mieux capter la valeur de leurs ressources.



