Douze des vingt économies à la croissance la plus rapide au monde sont africaines. C’est le constat sans appel livré mardi à Brazzaville par Sidi Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement, à l’occasion du lancement des Perspectives économiques africaines 2026. Un chiffre qui dément, s’il en était besoin, le récit trop souvent répété d’un continent structurellement à la traîne.
La croissance réelle du PIB du continent s’est établie à 4,3 % en 2026 et devrait atteindre 4,5 % en 2027. Ces chiffres, certes modestes à l’échelle historique de certaines économies asiatiques, traduisent une résilience remarquable. Surtout, la croissance par habitant s’améliore : elle est passée de 0,9 % en 2023 à 1,9 % en 2025. Ce n’est pas encore un décollage, mais c’est une tendance de fond que beaucoup d’observateurs avaient enterrée trop vite.
Ces performances interviennent dans un environnement mondial pourtant hostile : tensions géopolitiques accrues, fragmentation commerciale, et baisse tendancielle de l’aide publique au développement. L’Afrique n’a pas attendu la fin des aides pour bouger. Elle a tiré parti de ses ressources, de sa démographie et d’une meilleure gestion macroéconomique dans plusieurs pays phares. Mais ce dynamisme ne doit pas masquer les fragilités héritées de décennies de dépendance et de sous-investissement.
La suite dépendra de la capacité à transformer cet élan en développement durable. Sidi Ould Tah a prévenu : l’inflation recule, passée de 21,8 % en 2024 à 13,6 % en 2025, mais les pressions sur l’énergie et les importations restent vives. Il appelle à des réformes financières ambitieuses pour réduire la dépendance à l’aide extérieure. La souveraineté économique passera par l’investissement dans le capital humain et les infrastructures, pas par des déclarations.
Les investissements directs étrangers ont bondi de 75 % en 2024, à 97 milliards de dollars. Les transferts de fonds des diasporas ont atteint 186 milliards de dollars, en hausse de 14 %, devenant la première source de financement externe. Ce basculement est majeur : l’Afrique finance désormais davantage l’Afrique que ne le font les bailleurs traditionnels. Reste à savoir si ces flux, souvent privés et volatils, seront orientés vers des projets productifs.
Le président de la BAD a été clair : malgré les progrès, le déficit de financement structurel persiste. Les économies africaines restent trop exposées aux chocs extérieurs et à la volatilité des matières premières. Sans une montée en puissance rapide des investissements publics et privés dans l’éducation, la santé et les réseaux électriques, cette dynamique pourrait rester un feu de paille. Le continent a une fenêtre démographique unique. Il ne peut pas se permettre de la gaspiller.



