Le président de l’État du Sud-Ouest de la Somalie, Abdiaziz Hassan Mohamed Laftagaren, a été contraint de quitter le pouvoir lundi soir, après l’entrée des forces fédérales dans la capitale régionale, Baidoa. Élu quelques jours plus tôt dans un scrutin que Mogadiscio jugeait illégitime, l’ancien allié du président Hassan Sheikh Mohamud a démissionné et obtenu l’autorisation de s’exiler à Nairobi, mettant fin à une crise qui couvait depuis des semaines.
Réélu le week-end dernier avec 66 % des voix, Laftagaren refusait de céder sa place, accusant le gouvernement fédéral de vouloir réduire l’autonomie de son État. L’offensive menée par des unités spéciales de l’armée somalienne, formées par la Turquie, a été rapide et décisive. Appuyées par des milices locales et des drones d’attaque destinés à contrer toute embuscade des shebab, les forces fédérales ont mis en déroute les troupes régionales en quelques heures. Des images diffusées après les combats ont montré des soldats défilant dans Baidoa sous les acclamations d’une partie de la population.
Cette intervention armée illustre la fragilité du modèle fédéral somalien, institué pour tenter de pacifier le pays après des décennies de guerre civile. Depuis plusieurs années, Mogadiscio et les États fédérés s’affrontent régulièrement sur la répartition des pouvoirs, la gestion des ressources et l’autorité du gouvernement central. Le Puntland, autre région clé, entretient lui aussi des relations tendues avec la présidence, reprochant à Hassan Sheikh Mohamud une dérive centraliste. La crise du Sud-Ouest ne fait donc que cristalliser des tensions structurelles profondes.
Avec le départ de Laftagaren, Mogadiscio ouvre une séquence périlleuse. Il lui faudra désormais gérer la succession dans le Sud-Ouest en s’assurant du ralliement des acteurs locaux, sans quoi la nouvelle administration risque d’être perçue comme une simple chambre d’enregistrement du pouvoir fédéral. Par ailleurs, cet usage de la force pourrait radicaliser la méfiance des autres États fédérés. Le gouvernement devra rapidement engager un processus de réconciliation crédible pour éviter que la victoire militaire ne se transforme en victoire à la Pyrrhus.
La rapidité de l’offensive fédérale et l’absence de résistance prolongée des troupes régionales témoignent d’un rapport de forces désormais très déséquilibré en faveur de l’armée nationale, renforcée par l’appui turc et par un soutien logistique accru. Mais sur le terrain, la présence des shebab reste une menace permanente. En utilisant des moyens militaires pour régler une crise politique interne, Mogadiscio prend le risque d’affaiblir la coopération sécuritaire avec des États régionaux pourtant essentiels dans la lutte contre les insurgés.
Du côté des observateurs, plusieurs analystes soulignent que la destitution du président du Sud-Ouest ne règle en rien la question de fond : celle de l’architecture fédérale. Sans un dialogue inclusif sur la répartition des compétences et un véritable partage du pouvoir, chaque nouvelle crise régionale pourrait être résolue par la force, creusant un peu plus les divisions au sein de la fédération somalienne.



