Le gouvernement marocain affirme viser la création de plus d’un million d’emplois d’ici fin 2026. Cette projection, annoncée à l’issue d’une réunion présidée vendredi à Rabat par le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, repose sur la poursuite de la dynamique observée en 2025. Mais elle exclut délibérément les pertes d’emplois dans le secteur agricole, lourdement affecté par la sécheresse récurrente.
L’économie nationale aurait déjà créé 850 000 postes dans les secteurs non agricoles entre 2021 et 2025, soit une moyenne annuelle de 170 000 emplois. L’année 2025 a été particulièrement dynamique avec 233 000 postes. Si cette tendance se maintient, le cap du million serait franchi dans deux ans. Les secteurs du tourisme et des TPME affichent des résultats encourageants : 92 000 emplois générés dans le tourisme, dépassant les prévisions, et 21 projets de TPME approuvés pour 312 millions de dirhams d’investissement.
Ces annonces interviennent dans un contexte de pression sociale forte. Le Maroc subit depuis plusieurs années une sécheresse structurelle qui fragilise l’agriculture, premier employeur rural. En omettant les destructions de postes dans ce secteur, le gouvernement choisit un indicateur partiel. Cette méthode n’est pas nouvelle : elle permet d’afficher des résultats macroéconomiques flatteurs, tout en éludant la réalité des pertes d’emplois, notamment dans les zones rurales où l’économie informelle absorbe une partie des chômeurs agricoles.
La suite dépendra de plusieurs facteurs. D’abord, la pluviométrie : une nouvelle année de sécheresse pourrait effacer les gains agricoles et accentuer l’exode rural. Ensuite, l’exécution des programmes Idmaj, Tahfiz et Tadarouj, censés intégrer les jeunes non diplômés et généraliser l’apprentissage. L’objectif affiché de 100 000 stagiaires par an dans ce dernier programme est ambitieux, mais sa mise en œuvre reste à prouver. Enfin, l’accès des TPME aux marchés publics et leur financement détermineront la solidité de la création d’emplois hors agriculture.
Sur les 170 demandes de projets déposées par les très petites, petites et moyennes entreprises, seules 21 ont été approuvées. Soit un taux de sélectivité élevé, qui interroge sur la fluidité du dispositif. Par ailleurs, le gouvernement évoque la dynamisation de l’emploi territorial et l’aide aux TPME en milieu rural, sans fournir de chiffres concrets. Les zones rurales, les plus exposées à la sécheresse, restent le maillon faible de cette feuille de route.
Les programmes Idmaj et Tahfiz sont élargis à de nouveaux secteurs. Leur efficacité passée est inégale, avec des taux d’insertion durable faibles, selon plusieurs rapports internes non publiés. Le lancement de Tadarouj, centré sur la formation par apprentissage, marque une évolution méthodologique intéressante. Mais sa généralisation à tous les secteurs productifs, sans moyens supplémentaires clairement annoncés, risque de diluer son impact. Le Chef du gouvernement appelle à « accélérer la cadence » : un aveu implicite que les avancées restent en deçà des objectifs initiaux.



