Du 13 au 23 avril, le pape Léon XIV effectue une tournée de dix jours à travers quatre pays africains : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. C’est la première visite du souverain pontife américain sur le continent depuis son élection. Un voyage qu’il avait à cœur, sur des terres où l’Église catholique reste une puissance spirituelle, sociale et parfois médiatrice de paix.
Ce périple de onze étapes rappelle les grandes tournées de Jean-Paul II. À chaque escale, le pape alternera rencontres institutionnelles et moments spirituels avec les communautés locales. Mais derrière la tradition, il y a une urgence : ces pays sont en quête de stabilité, de réconciliation et de justice économique. L’enjeu est d’autant plus fort que Léon XIV n’est pas un étranger pour l’Afrique.
Lorsqu’il était supérieur de l’Ordre de Saint Augustin, Robert Francis Prevost s’est rendu à plusieurs reprises au Kenya et au Nigeria. Une source africaine au Vatican le résume sans ambages : « C’est sans doute le pape le plus africain que nous ayons eu. » Le 26 mai dernier, quelques jours après son élection, il était déjà venu saluer les participants du pèlerinage jubilaire pour la paix en Afrique dans la basilique Saint Pierre. Un geste symbolique fort, saluant « le grand témoignage que le continent africain offre au monde ».
Ce voyage a une dimension géopolitique assumée. Pour François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux à l’Iris, « cette tournée consacre le déplacement du centre de gravité du catholicisme vers le Sud global, et en particulier vers l’Afrique ». Le continent est devenu un vivier démographique et vocationnel clé : entre 2023 et 2024, le nombre de catholiques africains a augmenté de plus de 8 millions, la plus forte progression mondiale. Léon XIV veut en faire un terrain d’incarnation concrète pour ses thèmes de prédilection : paix, réconciliation et gouvernance.
Les quatre pays visités ne se ressemblent pas. En Algérie, terre d’islam où les catholiques ne sont que 10 000, le pape marche sur les traces de saint Augustin à Annaba. Le cardinal Jean Paul Vesco, archevêque d’Alger, rappelle que « cette filiation spirituelle a été prise au premier degré par beaucoup d’Algériens ». Au Cameroun, Léon XIV se rendra à Bamenda, fief de la rébellion séparatiste anglophone, pour une rencontre pour la paix très attendue.
L’étape angolaise, pays parmi les plus inégalitaires de la planète, sera l’occasion de parler de répartition des richesses. La Guinée équatoriale, très catholique (74 % de la population), attend un pape depuis 44 ans. Mais dans tous ces pays, le souverain pontife devra marcher sur une ligne de crête : régimes autoritaires, prisonniers politiques, présidents vieillissants. Près d’un an après son élection, ce voyage pourrait aussi être un signal fort pour renforcer la place des Africains au sein de la Curie romaine, une revendication de plus en plus légitime des épiscopats locaux.



