Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) ont officiellement appelé les États membres de l’Union africaine à renforcer immédiatement les mesures de surveillance sanitaire dans les aéroports, ports maritimes et principaux postes-frontières terrestres. L’objectif est clair : empêcher la propagation transfrontalière de l’épidémie de maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo, qui menace actuellement plusieurs régions du continent.
Dans une lettre adressée aux ministres de la Santé, le directeur général d’Africa CDC, le Dr Jean Kaseya, plaide pour une réponse rapide, coordonnée et scientifiquement fondée. L’agence recommande concrètement le renforcement du dépistage non invasif des voyageurs, le déploiement de personnel qualifié aux points d’entrée, et l’amélioration des mécanismes de détection et d’orientation des cas suspects. Elle insiste également sur l’intensification des campagnes de sensibilisation aux risques sanitaires, sans pour autant entraver la circulation des personnes, des biens ou des opérations humanitaires.
La souche Bundibugyo du virus Ebola, moins médiatisée que la souche Zaïre, n’en reste pas moins redoutable. Elle a déjà frappé par le passé l’Ouganda et la République démocratique du Congo, avec des taux de létalité élevés. L’Afrique de l’Est et les Grands Lacs constituent des zones historiquement sensibles. Or, la porosité des frontières dans ces régions, combinée à une faiblesse chronique des systèmes de surveillance locaux, rend chaque nouvelle flambée potentiellement dévastatrice. L’appel d’Africa CDC intervient alors que plusieurs pays peinent encore à se remettre des crises sanitaires successives, dont la COVID-19 a mis en lumière les fragilités structurelles.
L’initiative d’Africa CDC aboutira à une réunion de haut niveau réunissant chefs d’État africains et partenaires internationaux, prévue le 16 juin prochain. L’enjeu est de mobiliser ressources financières et engagement politique pour accélérer la riposte. Mais au delà des discours, c’est la capacité à traduire ces directives sur le terrain qui fera la différence. Sans investissements massifs dans la formation du personnel frontalier et sans systèmes d’alerte transfrontaliers réellement opérationnels, l’appel risque de rester lettre morte. La fenêtre d’action est étroite : chaque jour compte pour éviter que l’épidémie ne gagne de nouveaux territoires.
Le Dr Kaseya a martelé un point trop souvent négligé : « La protection de la santé publique et la sécurisation des déplacements doivent progresser de concert. » Cette position rompt avec la tentation des fermetures brutales de frontières, inefficaces et économiquement désastreuses. En misant sur le contrôle sanitaire au départ plutôt que sur des restrictions généralisées, Africa CDC fait le pari d’une approche chirurgicale. Reste à savoir si les États membres disposent des moyens logistiques et humains nécessaires pour appliquer ces nouvelles directives techniques, notamment en matière de déclarations sanitaires, de prise de température, d’isolement précoce et de coordination bilatérale entre pays voisins.
Africa CDC a salué l’appui de partenaires internationaux, en particulier la visite en Afrique de l’Est de la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, qualifiée de signal fort de solidarité entre l’Afrique et l’Europe. Ce geste diplomatique est louable, mais il ne doit pas masquer l’insuffisance chronique du financement des systèmes de santé africains. Les bonnes volontés extérieures ne remplaceront jamais une autonomie sanitaire africaine. En collaboration avec l’OMS, Africa CDC rappelle avec raison que le partage rapide d’informations et une action concertée sont essentiels. Encore faudrait il que les pays les plus exposés acceptent de jouer franc jeu sur les données épidémiologiques, un défi récurrent sur le continent.



