Les États-Unis ont imposé des sanctions financières et diplomatiques d’envergure à l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, l’accusant de soutenir activement la rébellion du M23. Dans un communiqué du 30 avril, l’ex-chef d’État a rejeté ces mesures, les qualifiant d’« injustifiées » et de « politiquement motivées ». Il réfute toute implication dans le conflit qui ravage l’est du pays.
Selon le département du Trésor américain, Kabila aurait fourni un soutien financier au M23, encouragé des défections au sein des forces armées congolaises et cherché à coordonner des attaques contre l’armée régulière depuis l’étranger. En conséquence, tous ses avoirs sous juridiction américaine sont gelés, et toute transaction avec lui est interdite aux citoyens et entreprises des États-Unis. Les institutions financières étrangères sont également averties : toute relation, même indirecte, expose à de lourdes sanctions pénales ou civiles.
L’est de la RDC est en proie à une violence chronique depuis trois décennies. Début 2025, le M23, que Kigali soutient malgré ses dénégations, a réalisé des avancées majeures, s’emparant de vastes territoires riches en minerais stratégiques et de plusieurs grandes villes. Washington, qui a déjà sanctionné des commandants rwandais en mars, se présente comme médiateur d’un accord de paix entre Kinshasa et Kigali. Ces sanctions contre Kabila s’inscrivent dans cette stratégie, couplée à un partenariat économique visant à sécuriser et rendre transparentes les chaînes d’approvisionnement en cobalt, coltan et cuivre.
Ces mesures ne visent pas seulement à punir, mais à contraindre l’ancien président à un changement de comportement. Elles envoient un signal fort aux anciens dirigeants accusés d’attiser les conflits en Afrique des Grands Lacs. Pourtant, leur efficacité dépend de la capacité de Washington à faire pression sur les réseaux financiers et politiques de Kabila, dont une partie échappe à la juridiction américaine. L’exil et la discrétion de l’ex-chef d’État, dont la dernière apparition publique à Goma sous contrôle du M23 remonte à un an, compliquent toute action directe.
En septembre dernier, un tribunal militaire congolais a condamné Joseph Kabila à mort par contumace pour crimes de guerre et trahison, en lien avec son soutien présumé au M23. L’intéressé a dénoncé une procédure « arbitraire » sans se présenter à la barre. Ce double front judiciaire national et international, bien que distinct, témoigne d’une volonté convergente d’isoler politiquement et financièrement l’ancien président. Reste à savoir si ces pressions suffiront à infléchir l’équilibre fragile de l’est congolais, où le M23 continue de progresser.



