Paul Bérenger, figure emblématique de la vie politique mauricienne, a lancé samedi 9 mai un nouveau parti, le Front militant progressiste (FMP). L’ancien Premier ministre adjoint, âgé de 81 ans, tourne ainsi définitivement la page du Mouvement militant mauricien (MMM), qu’il avait cofondé en 1969 et dirigé pendant plus d’un demi‑siècle. L’objectif est clair : construire une alternative politique en vue des élections générales de 2029.
Lors d’un congrès fondateur à Vacoas/Phoenix, devant un millier de partisans, Bérenger a affiché un ton résolument offensif. Il a appelé à « balayer » à la fois le Parti travailliste au pouvoir et l’ancien Mouvement socialiste militant (MSM). Le FMP se donne pour priorités la lutte contre la corruption, la méritocratie, la justice sociale et l’environnement. Un bureau provisoire a été installé, et la direction du parti sera élue sous trois mois.
Ce retour sur le devant de la scène intervient deux mois après le départ de Bérenger du gouvernement et un mois après sa démission du MMM. Il justifie son bref passage au côté du MSM par une nécessité : éviter que ce dernier ne reprenne seul le pouvoir, ce qui aurait, selon lui, « totalement détruit » le pays. Désormais, il estime que sa priorité est de barrer la route aussi bien au MSM qu’au Parti travailliste de Navin Ramgoolam.
À 81 ans, Bérenger parie sur une dynamique de rupture et de rassemblement au‑delà des clivages traditionnels. L’échéance de 2029 laisse du temps pour structurer le FMP, mais la fragmentation de l’opposition mauricienne complique la tâche. Le défi sera de transformer la popularité historique de son fondateur en une machine électorale capable de rivaliser avec des partis bien implantés localement.
L’ancien leader assume pleinement son bilan. « Je ne regrette rien », a‑t‑il martelé, tout en plaidant pour une alternative « crédible » et « sérieuse ». Pourtant, son départ du MMM, resté au gouvernement après sa démission, interroge sur sa capacité à fédérer au‑delà de son cercle historique. À Maurice, certains observateurs y voient une manœuvre de survie politique d’un vétéran qui refuse de céder la place, d’autres un ultime sursaut pour moraliser la vie publique. Le FMP devra prouver qu’il n’est pas seulement le parti d’un homme.



