Emmanuel Macron s’est dit opposé, dans un entretien aux médias internationaux, aux sanctions américaines visant le Rwanda, accusé de soutenir les rebelles de l’AFC/M23 en République démocratique du Congo. Cette prise de position, loin de surprendre la présidence congolaise, y est perçue comme la confirmation d’un alignement français assumé sur Kigali, au mépris de la souffrance des populations de l’Est de la RDC.
Lors du sommet Africa Forward, le chef de l’État français a plaidé pour un retour au dialogue entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, un retrait de toutes les forces étrangères, et une renégociation politique avec l’AFC/M23. Sur les sanctions, il a été clair : les pressions extérieures risquent de rendre le Rwanda moins coopératif. À Kinshasa, on voit dans cette position moins une ligne européenne concertée qu’une affaire personnelle entre Emmanuel Macron et Paul Kagame, renforcée par des intérêts stratégiques français au Mozambique et en Centrafrique.
Depuis plusieurs mois, la guerre dans l’Est de la RDC a basculé avec l’offensive du M23, que les Nations unies et les États-Unis accusent ouvertement d’être soutenue par l’armée rwandaise. Washington a répondu par des sanctions ciblées contre Kigali, tout en sécurisant un accès privilégié aux minerais stratégiques congolais. Dans cet échiquier, la France cherche à préserver son influence sur un partenaire historique, le Rwanda, dont les troupes sont présentes dans plusieurs opérations africaines soutenues par Paris.
En prenant publiquement le contre pied des Américains, Emmanuel Macron tente de se repositionner comme médiateur. Mais ce geste pourrait se retourner contre lui. À Kinshasa, la tolérance diplomatique a des limites. Si la position française se confirme jusqu’à bloquer d’éventuelles sanctions européennes, Félix Tshisekedi pourrait accélérer son rapprochement avec Washington, Pékin ou même Moscou. Paris risque alors de perdre ce qu’il lui reste d’influence dans un pays clé du continent.
Un proche conseiller du président congolais résume la situation sans fard : les Américains sont déjà dans les faits, avec leurs entreprises et leur agenda sécuritaire. La France, elle, joue la carte du dialogue pour ne pas être exclue. Mais dans l’entourage de Tshisekedi, on qualifie cette approche de « frustration politique ». Pour Kinshasa, parler de négociation quand les chars rwandais foulent le sol congolais, c’est se rendre complice d’une agression permanente. Le message est clair : ceux qui ménagent Kagame ne font pas la paix.



