L’Afrique du Sud, l’Égypte et le Ghana sont les seuls pays africains à disposer d’écosystèmes nationaux d’enseignement supérieur et de recherche jugés réellement performants en 2026. Selon le classement « measuresHE Country 100 » publié fin avril, sur les 17 nations africaines étudiées, seules ces trois obtiennent un score supérieur à 50 points sur 100. L’Afrique du Sud arrive en tête du continent avec 71,4 points, devant l’Égypte (63 points) et le Ghana (51,4 points). Tous les autres pays africains évalués se situent dans la moyenne inférieure, voire dans la faiblesse structurelle.
Ce classement, qui couvre 100 pays ayant produit au moins 4 000 travaux scientifiques pertinents entre 2020 et 2024, repose sur 25 indicateurs répartis en sept piliers. La pondération accorde une part décisive à la qualité de la recherche (35 %) et à la réputation internationale (20 %). L’Afrique du Sud excelle ainsi dans l’intégrité académique (99,9 points) et la durabilité (78,2 points), mais reste faible sur les données démographiques et l’investissement (39,9 points) ainsi que sur l’intégration internationale (48,8 points). L’Égypte et le Ghana, bien que loin derrière, parviennent à tirer leur épingle du jeu grâce à une meilleure ouverture et à une capacité relative à transformer la connaissance en applications concrètes.
Ce palmarès tombe dans un contexte africain marqué par une croissance démographique explosive et des besoins massifs en formation supérieure. Pourtant, la plupart des États du continent consacrent encore moins de 1 % de leur PIB à la recherche, loin des recommandations de l’Union africaine (1 %). Les universités souffrent d’un sous-financement chronique, d’une bureaucratie étouffante et d’un isolement international. Les scores médiocres de pays comme le Nigeria (79e mondial), l’Algérie (83e) ou le Kenya (85e) révèlent un paradoxe : ces nations produisent des talents individuels remarquables, mais leurs écosystèmes collectifs restent inefficients et mal connectés aux réseaux mondiaux du savoir.
Sans un réinvestissement massif et coordonné, l’écart avec les leaders mondiaux risque de se creuser encore. Le Royaume-Uni, premier mondial avec 92,9 points, ou les Pays‑Bas (89,6 points) montrent ce qu’un écosystème intégré, bien doté et ouvert peut produire. Pour l’Afrique, l’enjeu n’est pas seulement académique : c’est un levier de souveraineté économique et technologique. À moyen terme, des pays comme la Tunisie (46,7 points, 4e africaine) ou l’Éthiopie (71e mondiale) pourraient rattraper leur retard s’ils doublent leurs investissements dans la formation doctorale et les partenariats internationaux. Mais rien ne se fera sans une refonte profonde des politiques publiques et une lutte déterminée contre la fuite des cerveaux.
Le cabinet measuresHE insiste sur un point essentiel : son classement ne mesure pas la qualité d’une université isolée, mais la solidité de l’écosystème national dans son ensemble. C’est pourquoi des critères comme l’intégrité académique ou la durabilité pèsent lourdement. L’excellent score sud-africain dans ce dernier pilier (78,2 points) reflète une implication réelle des établissements dans les objectifs de développement durable de l’ONU, alors que la plupart des autres pays africains restent en dessous de 40 points. Cette approche systémique pénalise sévèrement les nations où la recherche est déconnectée des besoins locaux ou entachée par des scandales de plagiat.
Il faut noter que ce classement exclut d’office les pays dont la production scientifique est inférieure à 4 000 travaux sur cinq ans. De nombreux États africains, faute de moyens ou de politique de publication, ne sont donc même pas évalués. Ce silence statistique est en soi un signal d’alarme. Par ailleurs, l’indice privilégie les publications en anglais dans des revues indexées, ce qui désavantage les pays francophones ou lusophones moins bien intégrés aux circuits anglo‑saxons. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Cameroun, bien que dynamiques à leur échelle, restent invisibles dans ce palmarès. La rigueur de la méthode ne doit pas masquer ses angles morts, notamment sur la qualité réelle de l’enseignement de masse.
Classement des pays africains avec les écosystèmes nationaux d’enseignement supérieur les plus performants en 2026
Rang Afrique – Pays – Rang mondial
1-Afrique du Sud (28è)
2-Egypte (41è)
3-Ghana (63è)
4-Tunisie (69è)
5-Ethiopie (71è)
6-Maroc (72è)
7-Ouganda (76è)
8-Nigeria (79è)
9-Algérie (83è)
10-Kenya (85è)
11-Tanzanie (88è)
12-Botswana (92è)
13-Rwanda (93è)
14-Zimbabwe (94è)
15-Malawi (96è)
16-Cameroun (98è)
17-Sénégal (100è)



