Le Camerounais Hamad Kalkaba Malboum, figure centrale de la gouvernance sportive en Afrique, est décédé mercredi 13 mai à Yaoundé à l’âge de 75 ans. Colonel de l’armée, ancien athlète, président historique du Comité national olympique camerounais et patron de la Confédération africaine d’athlétisme, il laisse derrière lui un bilan aussi imposant que discuté. Son décès plonge le sport continental dans une phase d’incertitude, alors que plusieurs échéances majeures approchent.
Mort dans sa résidence de la capitale camerounaise, il a été inhumé le jour même au cimetière musulman de Soa. En dépit de son état de santé déclinant, Kalkaba restait officiellement à la tête de deux institutions clés du sport africain : le Comité olympique camerounais et la Confédération africaine d’athlétisme, dont il avait entamé un sixième mandat en 2023. Il avait dû renoncer au déplacement aux championnats d’Afrique d’athlétisme à Accra, ouverts la veille de sa mort, signe que sa longévité au pouvoir avait commencé à buter contre les limites du corps.
Né en 1950, Kalkaba incarne une génération de dirigeants africains formés dans les années 1970, à la croisée du militaire, du politique et du sportif. Athlète sur sprint, longueur et relais, puis colonel à la tête de l’organisation du sport militaire au ministère camerounais de la Défense, il a bâti sa légitimité sur la discipline et le réseautage. Son accession à la tête de l’athlétisme africain en 2003, en remplacement du Sénégalais Lamine Diack, alors au sommet de son influence mondiale, l’a placé au cœur des équilibres entre fédérations internationales, États africains et fédérations européennes du Golfe, où fuient aujourd’hui nombre de talents africains.
Sa disparition ouvre une crise de succession à la fois locale et continentale. Au Cameroun, le Comité olympique devra trouver un successeur capable de maintenir l’équilibre fragile entre pouvoir politique et mouvements sportifs. Sur le plan panafricain, la Confédération d’athlétisme, déjà secouée par des difficultés logistiques récurrentes et un manque chronique d’investissements publics face au football, devra choisir entre continuité administrative et véritable réforme. La prochaine assemblée générale sera scrutée comme un test de la capacité africaine à renouveler sa gouvernance sportive sans tutelle extérieure.
Kalkaba n’évitait pas les sujets qui fâchent, mais son franc parler ne l’a jamais empêché de gérer des échecs retentissants. Les championnats d’Afrique 2018 au Nigeria restent en mémoire : athlètes bloqués sur la route de Lagos, transports défaillants, organisation approximative. Sa réaction, lucide mais sans solution structurelle, résume son héritage ambigu : « On fait avec la réalité qu’on vit », avait-il admis, avant de promettre davantage de rigueur, sans jamais parvenir à aligner les standards africains sur les grandes compétitions mondiales.
Féru de musique au point d’avoir enregistré quelques titres dans sa jeunesse, Kalkaba assumait que le sport l’emportait sur tout. Il déplorait haut et fort l’exode des athlètes africains vers l’Europe et le Golfe, tout en constatant l’impuissance des États à les retenir. Son dernier combat, inachevé, restera d’avoir tenté de convaincre les gouvernements africains que l’athlétisme, première source de médailles olympiques du continent, mérite autre chose que des discours. Sa mort, survenue alors que les championnats d’Afrique débutaient sans lui à Accra, sonne comme un avertissement : l’institution sportive africaine doit apprendre à vivre sans ses piliers historiques, et vite.



